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3 juin 2022

L'ambition, un feu difficile à éteindre

En 1987, lorsque j’ai ouvert le premier resto, je connaissais très peu de femmes affichant de grandes réussites. Pourtant, dans tous les métiers, les hommes avaient le droit de briller, de rêver de devenir entrepreneur, d’obtenir facilement des prêts à la banque et de remporter de beaux trophées avec leur photo dans le journal. Et dans ma tête, ça avait l’air tout à fait normal : maman popote à la maison et papa gagne la vie.

Sauf qu’à cette époque, lorsqu’une femme s’enfuyait d’un mariage toxique avec des enfants sous le bras et aucune pension alimentaire, elle n’avait pas le luxe de rêver; pas même celui de reprendre ses études qui lui permettraient de gagner un bon salaire. Ces femmes devaient faire des miracles pour survivre, nourrir leurs enfants, les vêtir et s’assurer qu’ils aillent à l’école. J’étais une de ces femmes, une de celles qui ne baissaient jamais les bras.

Je m’en souviens tellement. Lorsque j’ai quitté le foyer conjugal avec mes trois jeunes ados, quatorze années d’études classiques et trois langues que je maîtrisais parfaitement, personne n’a voulu m’engager. Les uns disaient que je possédais trop d’années de scolarité et les autres, pas assez. Heureusement qu’à cette époque, la restauration grecque employait toutes ces braves femmes pour servir leur clientèle. Et je fus l’une d’entre elles; celle qui ressemblait à une Allemande et qui parlait pourtant parfaitement grec. C’est probablement à cause de cet avantage concurrentiel que j’ai pu grimper tous les échelons jusqu’à devenir gérante générale d’un immense restaurant populaire situé en banlieue de Montréal.

Pendant sept ans, j’ai travaillé six jours et demi par semaine jusqu’à ce qu’un terrible « burnout » explose dans ma tête. Mais, chers lecteurs, ne pleurez point sur mon sort, car cette étrange maladie est pourtant à l’origine de l’immense succès des restaurants Cora. Oui, oui, j’ai guéri et j’ai quitté mon emploi pour ouvrir un tout petit resto de quartier qui est devenu le premier d’une grande chaîne de restaurants à travers le Canada. Je me rappelle mes modestes débuts, lorsque les files d’attente commençaient à s’enrouler autour du premier petit resto Cora. Tout le monde me félicitait, vantant mes mérites et aussi mon génie créatif. Plus les gens venaient chez nous, plus ils en parlaient à leurs amis et plus les files d’attente s’allongeaient.

Moi qui voulais juste nourrir mes enfants, payer mes fournisseurs et être capable de vivre convenablement, on dirait que, sans vraiment m’en apercevoir, toutes ces félicitations, tous ces compliments et ces « Bravo, Cora » sont devenus de dangereuses étincelles capables d’allumer en moi une étrange passion : UN FEU DIFFICILE À ÉTEINDRE. Oui, oui, vous le devinez, l’AMBITION s’est installée en moi avant même que j’aie pu imaginer les grands succès que j’allais connaître.

L’engouement des clients pour notre nouveau concept de restauration matinale m’a vite permis de payer toutes nos factures. Et, bien entendu, j’ai voulu ouvrir un deuxième resto pour servir et éblouir encore plus de clients. Puis un troisième, un quatrième et quelque quarante autres au Québec. À mesure que le nombre de clients servis augmentait, le FEU brûlant en moi s’intensifiait. Je vous le confesse, je voulais toujours me surpasser; dessiner de meilleurs menus, éblouir davantage ma clientèle, ouvrir des restos en Ontario, conquérir le Canada tout entier.

D’après le Multidictionnaire de la langue française (Québec Amérique, 2018), la définition de l’ambition est : « un ardent désir de réussite; d’acquérir des honneurs, du pouvoir et des succès financiers. » Et pourtant, mon ambition ne cherchait point les honneurs, le pouvoir ou une éclatante réussite. Dans ce tout premier petit restaurant Cora, j’avais enfin trouvé les deux choses qui m’avaient le plus manqué durant toute ma vie. Premièrement, une extraordinaire occasion d’exprimer ma créativité par le biais de la nourriture et, deuxièmement, une aussi fabuleuse occasion d’être enfin aimée de milliers de clients auxquels j’offrais une nourriture et un service de première qualité dans une chaleureuse atmosphère familiale.

Voilà le domaine dans lequel mon ambition s’enflammait! Chaque jour, je voulais m’améliorer, surprendre davantage mes clients, les ébahir et faire en sorte d’accoupler leurs désirs aux chauds rayons de notre bon Soleil. Plus le nombre de clients servis augmentait et plus j’aimais mon travail; ce qui m’amenait à surveiller chaque minuscule détail, chaque regard et chaque nouveau sourire. Constamment, en soirée, je lisais, j’étudiais, j’épluchais les magazines de nourriture et les livres de recettes. Toute ma vie goûtait la crème pâtissière et mes fabuleuses idées marinaient dans le délicieux sirop de vanille, une fabrication exclusive à notre marque. Voilà qui j’ai été, toutes ces années de conquête. Mon aventure en restauration matinale est pour moi une magnifique histoire d’amour! UN FEU ENCORE IMPOSSIBLE À ÉTEINDRE.

Voilà donc pourquoi, chaque dimanche matin, je dresse pour vous une belle table de jolis mots, d’anecdotes savoureuses et de souvenirs impossibles à oublier. Encore et encore, la flamme brûle en moi, voulant toujours vous ravir et vous réchauffer le cœur. Peut-être que « j’ambitionne sur le pain béni », mais sachez, chers lecteurs, qu’aujourd’hui plus que jamais, ce sont vos bons mots et vos délicieux commentaires qui me nourrissent et m’encouragent à continuer. J’ambitionne de vous avoir avec moi le plus longtemps possible.

Et puissent les bonnes fées répandre dans nos cœurs leur précieuse poudre de perlimpinpin, ces microscopiques granules de longévité.

Cora

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