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25 novembre 2022

Mont-Tremblant

7 h 30 au café du village
Je suis tellement heureuse d’avoir repris l’écriture après l’épisode de la COVID. Les cinq vaccins, je suppose, m’ont beaucoup aidé à vaincre le méchant. Ce fut comme une grippe : un mal de gorge accompagné d’une grosse fatigue. J’ai eu un peu peur parce que j’étais incapable de me concentrer pour écrire.

Croyez-le ou non, le iPad est demeuré fermé 12 longs jours. Et je craignais d’avoir perdu la magie des mots. Mais je tiens à vous le dire : le treizième jour en ouvrant l’écran magique, le miracle s’est produit. J’ai écrit SURPRISE, J’AI LA COVID en criant ciseaux! Et je suis redevenue la plus heureuse des femmes. Vous vous en doutez peut-être, ÉCRIRE est comme une drogue quotidienne non nuisible à la santé et susceptible de procurer un certain bonheur à celui ou celle qui pianote sur le clavier. C’est mon cas.

J’essaie de mon vivant de déplumer l’oiseau papotant encore dans les buissons. J’essaie d’assécher chacune de ses plumes, de vider l’encre qui gratouille les tréfonds. Je veux partir plus légère qu’une aile de papillon; usée jusqu’à la corde et dépourvue de tout regret.

Dans votre grand évier de cuisine, imaginez récurer une casserole : frotter, astiquer, décaper et dérouiller toute adhérence résistant encore, puis aseptiser. Je veux voir ma tête vide devenir un nuage transparent avec les larmes de ma vie suspendues dans l’atmosphère; toutes prêtes à laver mes traces.

Partir à l’improviste comme soudainement un ruisseau tombe du haut d’une montagne. Partir avec l’éveil d’un volcan, les bras agrippés au balcon du Paradis. Partir au creux d’un lit, à demi consciente. Partir en dormant, en rêvant d’avoir vingt ans. Partir en ignorant la route. Partir meurtrie. Partir toute seule.

9 h 42
La clémence du temps m’attire vers les montagnes et je décide de filer vers Mont-Tremblant. J’achète un troisième café et me voici sur la route 117 pour une balade en voiture. C’est d’autant plus agréable que ma bagnole est de la même couleur que les sapins. Bien sûr, les couleurs automnales se sont affadies, mais le soleil m’accompagne. J’adore faire des promenades en écoutant Radio-Canada. Surtout avec Pénélope McQuade et sa brillante intelligence.

Sainte-Adèle, Val-David, Sainte-Agathe, et finalement, j’atterris à Mont-Tremblant et mon premier arrêt est à la jolie librairie indépendante CARPE DIEM située dans un petit agglomérat de jolies boutiques. J’achète quelques nouveaux essais sur l’écriture et deux livres informatifs sur le Japon. Un sur la ville de Tokyo et l’autre sur les alentours du mont Fuji. Oui, oui! Sur ce pays hors du commun que ma petite-fille adore. Elle n’y est pas encore allée, mais nous planifions un voyage pour ses 15 ans. Entretemps elle apprend le japonais et dessine la plupart des caractères de mangas. Elle a le même talent en dessin que sa cousine, la fille de ma fille. Comme on dirait, la créativité court dans la famille. La petite a d’ailleurs passé l’Halloween avec son nouveau kimono et ses petits souliers en bois que nous avons fait venir sur Amazon. Juste en face de la librairie, j’entre dans la plus belle boutique pour femmes des Laurentides. Bien entendu, je n’achète rien parce que mes garde-robes débordent. Je marche pendant une bonne demi-heure et m’assois à l’occasion pour reprendre mon souffle.

Le village de Mont-Tremblant est très accueillant. J’ai presque envie d’entrer manger un brin, mais je m’abstiens. Il fait trop beau et je veux profiter du soleil. Encore un café chez Tim Hortons pour le retour à la maison avec un arrêt au CAVEAU, genre d’épicerie fine de campagne. Au diable la gourmandise, j’achète un gros pain brioché à l’orange et au chocolat! Quelques belles tomates, des câpres de la sorte que je préfère, de l’ail du Québec et les derniers blés d’Inde frais de la saison. Quelques secondes, je zieute un pâté au poulet maison. Damnée solitude! Combien de bonnes choses je m’empêche d’acheter sous prétexte que je suis seule pour souper? Surtout que leur frigidaire est très bien garni. Lasagne, moussaka à l’agneau, bœuf bourguignon, ragoût de boulettes à en être étourdie. Une bonne cuisinière comme moi souffre d’être seule bien souvent. Même devant les comptoirs de prêts à emporter, car les portions sont généralement pour deux complices à la table.

En revenant, j’arrête chez l’opticien de Sainte-Adèle pour m’informer de mon prochain examen. Lorsque je me sens seule quelques fois, j’ai comme un réflexe automatique : je songe à de nouvelles lunettes.
— Janvier 2023, me répond un gentil vieil homme bien conservé. Jeudi, le 26 janvier, pour être plus exact, ajoute l’homme qui me fait voir ses belles dents en souriant.

Merdouille de merdouille. Je repense au gros pâté au poulet du Caveau. Comment font les femmes matures et intelligentes pour manger une pointe de pâté au poulet quatre soirs d’affilée?

Cora
🐓🐓🐓🐓

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