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13 mai 2022

Rouge, bleu, vert et jaune

Je ne me souviens plus, était-ce en deuxième ou en troisième année que j’ai découvert les crayons de couleur? Oui, oui, cela vous semble inusité aujourd’hui, mais en 1954, les beaux crayons de couleur de marque Laurentien étaient quelque chose de très précieux.

« De précieux et de dispendieux », avait déclaré maman en lisant la liste des effets scolaires à se procurer. Elle avait choisi pour moi la petite boîte de six crayons : rouge, bleu, vert, jaune, orange et violet. J’étais complètement éblouie malgré le fait que j’avais insisté pour obtenir la boîte de douze couleurs.

Maman gouvernait l’économie familiale et chaque cent noir était important. Surtout qu’elle allait aussi devoir m’acheter un paquet de grandes feuilles blanches pour apprendre à dessiner. Juste à voir sa figure rembrunie, je savais qu’elle agirait à contrecœur. J’ai pourtant appris. À force de dessiner le ciel et la mer, le crayon bleu s’est usé en un rien de temps. Je m’en souviens encore. J’ai eu la larme à l’œil jusqu’à ce que papa revienne de voyage et me promette de me rapporter une boîte de douze crayons, juste pour moi.

Je dessinais mes arbres préférés, des sapins avec des branches bien épaisses et aussi, quelques fois, une belle étoile jaune scintillante sur le faîte. Le crayon orange ne servait presque jamais puisqu’à cette époque les oranges étaient des denrées rares en Gaspésie. Une fois pourtant, j’ai dessiné maman avec une robe orange et un petit bandeau de tête assorti. Elle avait une très belle figure, mais jamais, à ses dires, elle ne porterait une robe aussi criarde.

Aujourd’hui, en émule d’Iris Apfel, l’orange est une de mes couleurs préférées avec le jaune, le rose, le mauve et le vert lime. Oui, oui, j’ose la couleur car elle me garde vivante. D’ailleurs, je raffole des lunettes et j’en ai de presque toutes les couleurs à force de faire les marchés aux puces pour trouver des montures rétro. Vous trouveriez sans doute que ma garde-robe ressemble surtout à une grosse boîte de crayons Laurentien 24 couleurs.

Je dessine depuis toujours; sur les feuilles scolaires, sur l’endos des feuilles de calendrier, sur des calepins bien conservés, dans la marge de mes agendas et plus tard sur les murs de nos restaurants. Parce que nous n’avions pas de budget pour décorer nos murs, j’illustrais et coloriais les noms des plats du menu. Et je placardais une dizaine d’affiches ici et là dans le resto. À chaque nouvelle ouverture, j’ai dessiné encore et encore pendant presque dix ans jusqu’à ce que nous ayons les moyens de reproduire professionnellement mes propres dessins à placarder sur les murs des restaurants.

Pendant très longtemps, j’ai dessiné à la main nos menus avec plusieurs petites illustrations qui, à la longue, ont créé un style de communication très particulier. J’ai aussi conçu moi-même des caractères de minuscules et de majuscules qui sont devenus notre propre police de caractères. Nous l’utilisons d’ailleurs encore aujourd’hui dans toutes nos communications marketing. Programmée dans les ordinateurs de nos graphistes il y a quelque 15 ans, la typographie CORA est distinctive et très représentative du style original de tout notre concept.

Je suis particulièrement heureuse et très fière de cet accomplissement. Non seulement, j’ai eu le bonheur de dessiner moi-même notre logo SOLEIL, tous nos menus et la plupart de nos illustrations décoratives, j’ai surtout la grande satisfaction de savoir que les petites boîtes de crayons de couleur de mon enfance ont porté fruit.

Encore une fois, je réalise que toute l’édification du concept CORA a pris naissance dans mon enfance. L’importance extrême que j’ai accordée à la typographie de l’alphabet, le continuel désir d’apprendre, l’amour de la lecture et ma grande curiosité ont été les jalons les plus importants de ma réussite.

Je me souviens de toutes ces années de jadis pendant lesquelles j’arrosais la moindre graine d’idée. Je surveillais chaque détail, chaque couleur appétissante, chaque assiette bien garnie. Tout nouveau frisson titillait ma curiosité et j’y donnais mon entière attention. Même si, à chaque nouvelle éclosion d’idée, je devais affronter le doute, l’incertitude et même l’impossible, j’avais cette bienheureuse manie de TOUJOURS VOULOIR TRANSFORMER L’ORDINAIRE EN EXTRAORDINAIRE.

Tellement souvent j’ai pensé que c’était une gentille fée qui me chuchotait mes meilleures trouvailles et qu’un ange bienveillant m’aidait à réussir. Et c’est ainsi que pendant que je peinais à désherber mon propre jardin, un concept exceptionnel de restauration matinale émergea du pur néant.

Cora

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