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4 novembre 2022

Surprise, j'ai la COVID!

Mardi matin dernier, pour une rare fois de ma vie, je me sens grippée. J’ai pourtant bien dormi toute une longue nuit sans rêve ni cauchemar. Mais, à peine les yeux ouverts, je tousse et j’ai mal à la gorge. Ça fait tellement longtemps que je n’ai pas eu de rhume ou de grippe que je ne sais pas quoi faire au juste. Mon premier réflexe est donc d’attendre 9 h, pour aller chercher un casse-toux efficace à la pharmacie du village ainsi que deux sacs de pastilles HALLS extra fortes. À mon retour, je me coule un café, ouvre mon IPAD et m’installe sur la table de cuisine pour écrire.

Maniaque du café, quelle n’est pas ma surprise de constater qu’il ne goûte absolument rien. Je croque dans une banane et c’est la même chose. Existe-t-il un gros mot gentil qui veut dire que tout probablement j’ai « attrapé » la COVID? Je m’empresse de consulter Google et les symptômes annonciateurs ne manquent pas. Mal de gorge, toux, fatigue, envie de dormir, alanguissement et courbatures. À mesure que le jour avance, les symptômes sans gêne assiègent mon pauvre corps. L’envie de dormir m’empoigne et je passe le reste du jour entre deux divans. Vers 18 h, je me fais couler un bain chaud et j’en profite pour ouvrir l’armoire aux cadeaux de Noël rarement utilisés. J’empoigne un gros bocal de « Sel de la mer morte » aux huiles essentielles de lavande et camomille. À l’endos du bocal est collée une petite carte écrite à la main me souhaitant « Happy Christmas from Stacey ». Je sors du bain aussi rouge que le homard de sa casserole bouillante. Un peu de « mer morte » m’aurait-elle fait du bien? Pas vraiment. Je me traine encore comme un zombie, dépourvu de toute volonté.

Je n’ai absolument aucune idée où j’ai pu attraper ce méchant virus. Je suis assez prudente. J’ai déjà cinq vaccins contre la COVID et j’allais recevoir cette semaine le vaccin contre la grippe. Partie remise, je suppose. À ce que me disent quelques amis qui ont expérimenté le virus, le méchant finit toujours par quitter les lieux.

L’affreux, en ce qui me concerne, c’est tout ce temps perdu à ne m’intéresser à rien, à juste vouloir sommeiller et passer le temps vainement. Même la lecture me semble impossible. Comme si mon attention se révélait déficiente, incapable de concentration.

Le lendemain du jour des symptômes quasi évidents, je retourne à la pharmacie pour une boîte de dispositifs de tests rapides et le premier test me confirme POSITIVE. « ALEA IACTA EST », « le sort en est jeté », comme prononça le fameux grand général romain Jules César, en 49 avant J.-C., lorsqu’il décida de franchir le fleuve Rubicon pour marcher sur Rome. Moi, je n’ai certainement pas une guerre à gagner avec cette damnée COVID à mes trousses, mais je dois quand même m’armer de courage et de patience. Depuis le début de ce cauchemar planétaire au printemps 2020, rappelons-nous la chance que nous avons d’être encore de ce monde. Trop, beaucoup trop sont morts inutilement.

Être privé de quelque chose est la meilleure façon d’apprécier cette chose. N’y avez-vous jamais réfléchi? Comme me lever avec l’aube tout heureuse à la perspective d’un bel avant-midi d’écriture au café du village; et en être soudainement privée. J’imagine un instant perdre un doigt et ne plus être capable de pitonner sur mon iPad. J’imagine perdre une jambe, un œil.

J’ai pourtant eu mon lot de contrariétés en traversant les différentes époques de ma vie. Mais c’est étrange à quel point aujourd’hui, la perte de ma liberté, ne serait-ce que pour dix ou douze jours, la perte du goût, du bien-être et du confort quotidien me traumatise. Serait-ce l’âge? L’âge avancé perdant sa répartie, son à-propos?

Cette vilaine COVID a probablement stimulé mille et une réflexions chez chacun. Et tant mieux! Perdre, même une demi-journée, nous fait réfléchir à la brièveté de la vie, à sa fragilité. En terminant cette lettre sur ma table de cuisine avec mes dix doigts pitonnant sur le iPad, soudainement j’apprécie chaque petite chose qui constitue mon chez-soi. Je demeure depuis quelque 34 années dans cette grande maison de plain-pied et jamais je n’ai eu autant d’appréciation qu’en cette fin d’après-midi. La vastitude des pièces, les murs remplis d’étagères de livres cordés par sujet et les grandes fenêtres invitant la nature à se bercer dans mon salon.

Le soleil faiblissant de 16 heures inonde ma table. Sur le comptoir, la Keurig est toujours prête pour un bon café avec juste à côté, un gros bocal de mes biscottis favoris. Devant l’évier, un grand mur de fenêtres invite les arbres à me tenir compagnie pendant que j’écris. J’ai d’ailleurs souvent l’impression de vivre en pleine forêt tellement la nature et la végétation sont omniprésentes.

Même les petits oiseaux s’acharnent à me divertir en picorant mes vitres ou en voletant le ventre lourd autour des mangeoires bien remplies. Sur le haut de mes armoires, j’ai rangé à la queue leu leu quelques amies corneilles trop vieilles pour migrer vers le Sud. Chaque année, j’en ajoute une ou deux et ainsi je ne risque pas de mourir toute seule. COVID ou non, j’approche du paradis en cette fin d’après-midi juste à entendre les chants sacrés de la moniale bénédictine Hildegarde von Bingen (1098-1179). Mes compagnes corneilles ont ouvert leurs ailes; elles me portent tout doucement vers la santé.

Douze jours plus tard…
Enfin, enfin le retour à la normale! Mes jours d’encabanage sont terminés et ce matin, je suis en pleine forme. J’en profite donc pour faire une longue balade jusqu’à Oka, joli village en bordure de la rivière des Outaouais. Malgré la chute des feuilles, le paysage est encore magnifique. Des champs de culture à perte de vue et des vergers immenses semblent révéler l’ADN de la région. J’arrête justement dans un marché de pommes 🍎 et fais le plein de vitamines locales.

Arrivée à Oka, d’elle-même, la Mini Cooper se place en ligne pour embarquer sur le traversier vers Hudson. Une jolie balade sur l’eau qui m’a fait penser à ma Gaspésie chérie. Vous le savez tous, j’ai la nostalgie facile pour cette pointe de pays. Bref, arrivée à Hudson, je mange des yeux ce joli village un tantinet anglophone. Tout y est bucolique et charmant. La visite du village devrait d’ailleurs être payante tellement c’est beau. Faut dire que le traversier coûte 13 $ à l’aller et autant au retour. Mais ça valait le coût.

Revenue chez moi, je constate que ma jolie balade a complètement expulsé le virus de mon organisme. La vie est tellement courte et tellement belle. Allez faire un tour dans la nature et jaser avec les arbres; même déplumés en automne, ils demeurent les meilleurs thérapeutes au monde.

Cora

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