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16 septembre 2022

Une bouteille à la mer!

Vous vous en doutez certainement, pendant tous ces jours à encercler ma GASPÉSIE natale, je n’ai pu résister à l’envie de lancer une bouteille à la mer. Oui, oui! C’est un moyen de communication comme un autre et, qui sait, peut-être qu’un jour, un beau prince des mers trouvera ma missive.

Et donc, lorsque je suis arrivée à PERCÉ, cet après-midi-là, j’ai tout de suite eu l’idée de passer à l’action. D’autant plus que l’Hôtel La Normandie m’avait installée dans une jolie chambrette à deux pas de la mer avec une grande porte-patio donnant sur le fameux rocher. L’endroit était idyllique, des plus propices à écrire un message à un potentiel alter ego. Mais qu’allais-je lui dire? Tellement d’années nous séparent, peut-être même des continents, des cultures différentes et des langues étrangères. Devrais-je écrire en français, en anglais, en dessinant des dizaines de cœurs rouges entrecoupés d’étoiles scintillantes? Que faire?

J’ai traversé la pelouse de l’hôtel et marché quelques pas jusqu’à la grève. Je me suis assise sur une souche délavée et j’ai trempé mes pieds dans la mer. Au-dessus de ma tête, un millier de goélands essayaient de me répondre. Et voilà que par miracle, la sagesse de l’eau m’a fait me souvenir que j’avais déjà écrit une lettre sur la théorie du vieux philosophe Platon (428-348 av. J.-C.) relatant le périlleux voyage des âmes sœurs.

Platon affirmait que, jadis, la terre était peuplée d’êtres sphériques dotés de quatre bras, d’autant de jambes, d’une seule et même tête à deux visages; celui de la femelle était issu de la terre, et celui du mâle, du soleil. Les organes génitaux étaient, eux, propres aux deux sexes. Selon le philosophe, ces ancêtres ainsi constitués avaient un orgueil démesuré. En fait, la force et la vigueur de ces êtres androgynes étaient si extraordinaires qu’ils auraient osé s’attaquer aux dieux.

Ne voulant pas perdre sa suprématie, et pour affaiblir ces super-humains sans toutefois les anéantir, le grand Zeus décida de les couper en deux parties ayant chacune un visage, deux bras, deux jambes et ses propres organes génitaux. Une fois séparées, les deux moitiés furent dirigées dans des directions opposées de telle sorte que chacune d’entre elles a dû consacrer le reste de son existence à chercher et à vouloir retrouver sa moitié manquante, son âme sœur, afin d’être enfin heureuse comme jadis.

Ainsi, à en croire Platon, les humains tels que nous les connaissons aujourd’hui ne seraient que des moitiés d’êtres, incomplets, cherchant continuellement à reconnaître et à attirer l’autre moitié d’eux-mêmes pour être enfin contentés et heureux.

Je crois peu à ce mythe philosophique, mais la vérité est que je n’ai pas encore rencontré ma véritable « âme sœur ». Et, bien entendu, chaque fois que je côtoie l’océan, je me sens chez-moi, je deviens plus audacieuse et l’envie me prend de lancer une bouteille à la mer. Qui sait ce qu’une gentille morue habituée au fond des mers pourrait faire pour moi?

De retour à la chambre, j’ai donc écrit un joli poème à mon prince. J’ai utilisé ma plume LAMY à l’encre rouge et j’ai écrit mon poème sur un beau papier blanc dont j’avais préalablement mesuré la hauteur qui devait être égale à celle du ventre de la bouteille. Un serveur de l’hôtel m’avait gentiment donné une bouteille vide d’Errazuriz Estate Sauvignon blanc avec un bouchon à vis bleu foncé. Et, pendant que j’écrivais mon poème, la bouteille trempait dans l’eau chaude du bain. Après avoir terminé l’écriture, j’ai décollé les deux étiquettes de la bouteille, j’ai poli sa surface et j’ai minutieusement séché son intérieur avec le séchoir à cheveux de la chambre. J’ai ensuite roulé le poème et, avec une mèche de cheveux blancs, je l’ai glissé délicatement dans la jolie bouteille vert forêt.

Et c’est ainsi, chers lecteurs, que le lendemain matin, avant de partir vers GASPÉ, je suis retournée au quai de l’ANSE-À-BEAUFILS avec ma précieuse missive. Tout était parfait et, mon cœur rempli d’espoir, j’ai osé demander à un vieux marin s’apprêtant à quitter la rive de bien vouloir amener ma précieuse bouteille jusqu’au large et la lancer à la mer. « Ben OUI, belle madame! » Je n’oublierai jamais le sourire de ce gentil loup de mer qui s’empressa de serrer ma bouteille contre son cœur en me souhaitant qu’elle se rende à bon port.

POÈME À L’ÂME SŒUR
Je suis née en pleurant de vous avoir quitté.
Là où nous étions amoureux et liés.

Avons-nous traversé ensemble ce tunnel vers ici?
Par Zeus, me voilà seule, interdite et punie.

Mes yeux noyés de larmes vous cherchent à tâtons.
Où êtes-vous? Dans quels étranges tréfonds?

Sont sortis de moi trois souffles nouveaux.
Trois raisons de vouloir meilleurs oripeaux.

Je me suis débrouillée et pas mal de surcroît.
Accrochée à l’ouvrage, si loin de vos dix doigts.

Vous êtes toujours là, dans ma tête, vous me cherchez.
Moi, votre bien-aimée, votre belle et tendre moitié.

Je vous devine loquace et serein à la fois.
Entendez-vous de si loin mon cœur en émoi?

Je désire tellement retrouver votre voix.
Puissiez-vous me trouver aussi belle qu’autrefois.

Mon cœur emmuré ratisse le fond des mers.
Puissiez-vous trouver ma bouteille à la mer.
Puissiez-vous fracasser cette prison de verre.

Cora

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