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21 janvier 2022

Une grosse patate sur le divan rouge

Oui, oui, vous avez bien lu, il m’arrive de me comporter comme une grosse « patate sur le divan ».

N'ayant nulle part où aller et personne à qui parler, j’ai le cœur gros et trop triste bien souvent.

Alors pour me changer les idées et meubler ma solitude, il m’arrive de passer des heures et des heures à visionner des téléséries qui ont drôlement l’art de capter mon attention. Je regarde tout et rien en attendant qu’un quelconque bon géant capture le terrible Omicron et me délivre de ce nouvel esclavage.

Mes responsabilités diminuées aux trois quarts, vais-je attendre qu’un Boeing atterrisse dans ma cour pour m’envoler? N’ai-je point encore besoin d’arpenter le monde avant d’en finir avec la vie?

Me voici donc triplement vaccinée, confinée, et quasi-victime de toutes ces histoires préfabriquées qui ne servent qu’à m’étourdir. Oui, oui, oubliant qui je suis, je m’enfonce dans le divan de velours rouge telle une grosse patate impuissante. Je deviens une irresponsable, incapable d’accuser son agresseur. Le véritable coupable me rend folle puisqu’il gambade à son aise dans toutes les villes de la planète, aussi minuscule qu’invisible.

N’ayant à ma portée aucun philosophe prêt à me secourir ni une maman encore vivante pour me réprimander, ma valeur existentielle périclite. Je réalise pour la première fois que la télé est une véritable drogue m’empêchant d’être moi-même et responsable de mes choix. J’ai peur aussi que cette léthargie mondiale affecte notre entendement.

La plupart du temps, lorsque j’approche du monstre télé, mille excuses me viennent en tête : j’ai cuisiné, j’ai nettoyé, j’ai lu et j’ai écrit mon lot de paragraphes. Et que faire d’autre? Mon divan de velours rouge est tellement confortable que je m’y enfonce bien souvent pour une petite heure qui finit par s’éterniser.

Veux veux pas, mon mode de vie en prend un coup. Jadis, avant cette pandémie mondiale, je n’ouvrais jamais la télévision avant le coucher du soleil. Et maintenant, c’est « bar ouvert » à toute heure du jour. Enchaînés au monstre télé, n’avons-nous point l’impression de subir notre divertissement au lieu de le choisir?

De toute ma vie, je n’aurais jamais cru qu’un écran de télé prendrait autant de place dans mon quotidien. Sous prétexte d’écouter les informations de notre premier ministre et de ses sbires médicaux, bien souvent j’ouvre la gueule du monstre à midi tapant. Et le cirque entre dans ma tête.

Après le décompte des hospitalisations, les malheureux décès, le pourcentage de soignants inaptes au travail, et toute autre information pertinente, l’écran nous attire en défilant les nouveautés de la saison, les films en primeur et cent autres distractions toutes aussi addictives que mes délicieux caramels maison.

Lorsque je regarde la télé, ma personnalité n’existe plus. Transportée par l’histoire en cours, je ne suis qu’une paire d’yeux affamés de sensations. Je fais partie du drame, mon esprit s’entortillant au malaise de chaque personnage. Esclave de la télé, je deviens un gros légume fasciné par l’écran. Je ne chiale même pas lorsque quatre longues pauses publicitaires entrecoupent un petit épisode.

Je déteste vraiment cette dernière version de moi-même. En l’écrivant ce matin, je prends conscience de la gravité de la situation. Et j’ai bien l’intention de ralentir mes transports entre la cuisine où j’écris et le salon où je gaspille mon temps.

Ma véritable réalité c’est que, depuis le début de la pandémie, ma mémoire s’est activée à vous raconter une centaine d’histoires vraies qui me sont réellement arrivées au cours de ma vie. La création de mon entreprise, mon enfance, ma vie de jeune maman, de femme d’affaires, de retraitée et finalement de scribe bien intentionnée.

Cette démarche d’écriture est très importante pour moi. Elle me réconcilie avec ma grande passion de jadis. Et enfin délivrée des aléas de la vie, je peux m’y consacrer. Je n’ai donc plus une minute à perdre à outre manger des histoires inventées qui ne servent qu’à me voler du précieux temps.

Je ne condamne pas la télé, au grand contraire c’est un excellent média d’information et de divertissement. Mais ELLE, CETTE GROSSE PATATE QUE JE DEVIENS LORSQUE J’ABUSE DES BONNES CHOSES, ELLE DOIT ABSOLUMENT SORTIR DE MON SALON.

Oui, oui, vous avez bien lu. Je l’ai écrit en grosses lettres pour vous signifier que je m’y engage.

Le temps qu’il me reste à vivre et à écrire est beaucoup trop précieux pour que je le gaspille en balivernes. N’êtes-vous pas d’accord avec moi?

Cora ❤

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