Les restaurants Cora embauchent, faites partie de l’équipe!

Revenue de ma virée gaspésienne et déjà installée tant bien que mal dans la routine du quotidien, que puis-je faire d’autre que vous déballer les maigres aléas de ma vie à la maison? Eh oui, la vie d’une PDG à la retraite ressemble à s’y méprendre à une courte pointe foulée au lavage. Quelques réunions ici et là, quelques conseils de fondatrice aux directeurs de départements, quelques recommandations trempées dans le chocolat pour mes enfants; ainsi s’amenuise mon importance de jadis.

Et pourtant! Combien de fois ai-je naguère imploré, tantôt anges, tantôt démons, pour un jour de tranquillité, un après-midi paisible de lecture, un film en plein jour avec popcorn et cola, ou pour simplement être capable de dormir jusqu’à midi un lundi matin?

Le ciel m’est finalement tombé sur la tête. Tout ce que j’ai demandé m’a été donné au centuple. Oui, oui. Vous vous souvenez des deux chipies dont je vous ai parlé au début de la pandémie ¬– la retraite et la vieillesse? Elles me sont arrivées main dans la main sans crier gare. Elles ont tout bousillé, du bon et du moins bon. J’ai donc dû, chaque matin, me contenter de l’ordinaire du quotidien.

Dieu merci, l’écriture m’a sauvée. L’écriture est devenue ma plante verte qui ne fait que croître et assainir mon existence. J’en ai besoin autant que de respirer. Et lorsque je n’ai presque rien de grandiose à raconter, ce sont les mots qui enrubannent les petits riens en surprises colorées.

Ainsi, ce dimanche matin, dans mon patelin des Laurentides, je suis attablée au café du village. Un va-et-vient d’enfer anime l’endroit. Presque personne ne s’assoit. Juste moi, toujours à la même table. Ce café-boulangerie est très bien situé, au centre de l’action du village. La plupart des clients s’y arrêtent pour faire le plein de pains et de viennoiseries pour la maison. Rarement, quelques réguliers s’assoient pour boire leur café. Presque tous me saluent. Pour eux, je suis celle qui écrit, pas celle dont le nom est affiché un peu partout au Canada. Pour moi, je suis celle qui a encore l’impression d’être utile à des lecteurs affamés de bavardages.

Le dimanche est un jour très spécial pour moi, car chaque dimanche matin, une lettre écrite de ma main est publiée sur la page Facebook des restaurants Cora. Et, chaque dimanche, je dois résister à la tentation d’aller voir combien de commentaires la lettre accumule. J’ai toujours peur que ce soit très peu. Je l’avoue humblement, le nombre de commentaires influence mon bonheur quotidien. J’attends donc un peu avant de jeter un premier coup d’œil. Et le mardi matin, je suis toujours abasourdie d’apprendre le nombre imposant de lecteurs qui apprécient mes gentils propos. Et, savez-vous quoi? J’ai mon petit rituel pour lire les commentaires. Je m’assois sur le divan vert sapin de la verrière avec, sur une petite table ronde, un calepin pour prendre des notes au besoin, un grand thé noir bien chaud et quelques délicieux biscottis au limoncello de marque Nonni’s que j’achète au Costco pour me récompenser. Ils sont vraiment très bons!

Je ne suis pas une écrivaine de métier. J’ignore encore comment inventer une histoire ou écrire un joli poème. Mais j’espère. Même si mon cheminement d’apprentie scribouilleuse s’améliore à pas de tortue, il laisse toute la place aux détails du quotidien, aux souvenirs resurgissant et à l’inattendu du jour. Mes paragraphes sont encore comme des averses de mots disparates, « la somme de tout ce que je vois, entends et perçois », comme disait le célèbre Robert Lalonde, écrivain québécois.

10 h 32
Comme chaque dimanche de l’été, je quitte la boulangerie vers 10 h 30 - 11 h et fais un arrêt au Marché aux puces du village. Une activité quasi bucolique tellement le site est champêtre. C’est aussi une occasion en or pour abattre un bon kilomètre de marche, une marche au ralenti bien souvent. Zieutant à droite, à gauche et très peu devant moi, je me cogne à un vieillard plutôt gentil. Comme nous sommes devant l’étal des légumes frais du jour, l’homme m’offre une brassée de ses blés d’Inde pour mon souper. J’en prends trois en le remerciant. Zut! À mon âge, j’ai encore les yeux plus grands que la panse. J’en mangerai deux et devrai congeler le troisième coupé en rondelles pour une soupe aux légumes cet automne.

J’avance à demi repentie et voilà qu’une pépite d’or attire mon attention. Un livre à 1 $ de la Docteure Elisabeth Kübler-Ross, honoris causa de plusieurs universités dans le monde. C’est une femme qui a passé sa vie auprès des mourants et qui croit fermement que « la mort n’est qu’un passage dans une autre forme d’une autre vie sur une autre fréquence » et, selon elle, « l’instant de la mort est une expérience unique, belle, libératrice, que l’on vit sans peur ni détresse ».

WOW! J’étais beaucoup trop jeune lorsque j’ai lu son livre pour la première fois. Je veux croire à ses propos, à sa phrase écrite en quatrième de couverture : « Mourir c’est déménager dans une maison plus belle. C’est tout simplement abandonner son corps physique de même que le papillon sort de son cocon ». Ciel! Je vais revisiter ce livre maintenant qu’un trois quarts de siècle me pousse vers la sortie. Et s’il faut partir, je déménagerai au paradis et chaque jour j’écrirai sur le parfait bonheur des élus.

12 h 06
Arrivée à la maison, j’ouvre le frigo. Comme j’ai déjà trois œufs coque écaillés, j’opte pour le meilleur sandwich au monde. Celui que nous offrons dans nos restos depuis toujours. Ce délicieux sandwich que nous appelons le MIDI DOLORES a été créé en l’honneur de la mère d’une de nos premières franchisées.

Tablier autour du ventre, je hache finement quelques branches de céleri, quelques échalotes, du persil en bonne quantité et les œufs durs. Dans un bol, je mélange le tout et ajoute deux petites cuillérées de mayonnaise, du sel et beaucoup de poivre. J’ai toujours aimé le poivre noir et d’aucune autre couleur. Je ne suis pas du tout fine gueule et souvent je me demande comment j’ai pu être aussi créative en inventant des assiettes de déjeuners que tous nos compétiteurs ne se fatiguent pas d’imiter. Bref, je grille deux tranches de pain multigrain et complète mon sandwich avec deux grandes feuilles de laitue frisée. J’ajoute à l’assiette des radis, des carottes nantaises et un concombre pelé et coupé en rondelles. Je suis presque persuadée que ces crudités quotidiennes ajoutées au plat principal sont le secret de ma taille de guêpe mature. Depuis le début de la pandémie, croyez-le ou non, j’ai perdu 15 livres à me gaver de crudités au lieu de chips, de deuxièmes portions ou d’extra bouchées de tout ce qui fait engraisser.

13 h 28
Je finis de boire mon thé à la table en feuilletant les pages du Devoir du week-end. Presque chaque jour, après le lunch, je m’endors sur le divan de la verrière en lisant. Aujourd’hui, Morphée devra peut-être attendre un brin, car je lis une histoire dont l’héroïne est splendide et captivante. L’auteure s’appelle JULIA KERNINON et le titre du livre est LIV MARIA, une histoire exceptionnelle!

Selon la quatrième de couverture, « La trajectoire de Liv Maria a la beauté aveuglante des tragédies antiques et l’intranquillité frénétique du monde contemporain. », – Marine Landrot, Télérama.

Cora

Vous vous en doutez certainement, pendant tous ces jours à encercler ma GASPÉSIE natale, je n’ai pu résister à l’envie de lancer une bouteille à la mer. Oui, oui! C’est un moyen de communication comme un autre et, qui sait, peut-être qu’un jour, un beau prince des mers trouvera ma missive.

Et donc, lorsque je suis arrivée à PERCÉ, cet après-midi-là, j’ai tout de suite eu l’idée de passer à l’action. D’autant plus que l’Hôtel La Normandie m’avait installée dans une jolie chambrette à deux pas de la mer avec une grande porte-patio donnant sur le fameux rocher. L’endroit était idyllique, des plus propices à écrire un message à un potentiel alter ego. Mais qu’allais-je lui dire? Tellement d’années nous séparent, peut-être même des continents, des cultures différentes et des langues étrangères. Devrais-je écrire en français, en anglais, en dessinant des dizaines de cœurs rouges entrecoupés d’étoiles scintillantes? Que faire?

J’ai traversé la pelouse de l’hôtel et marché quelques pas jusqu’à la grève. Je me suis assise sur une souche délavée et j’ai trempé mes pieds dans la mer. Au-dessus de ma tête, un millier de goélands essayaient de me répondre. Et voilà que par miracle, la sagesse de l’eau m’a fait me souvenir que j’avais déjà écrit une lettre sur la théorie du vieux philosophe Platon (428-348 av. J.-C.) relatant le périlleux voyage des âmes sœurs.

Platon affirmait que, jadis, la terre était peuplée d’êtres sphériques dotés de quatre bras, d’autant de jambes, d’une seule et même tête à deux visages; celui de la femelle était issu de la terre, et celui du mâle, du soleil. Les organes génitaux étaient, eux, propres aux deux sexes. Selon le philosophe, ces ancêtres ainsi constitués avaient un orgueil démesuré. En fait, la force et la vigueur de ces êtres androgynes étaient si extraordinaires qu’ils auraient osé s’attaquer aux dieux.

Ne voulant pas perdre sa suprématie, et pour affaiblir ces super-humains sans toutefois les anéantir, le grand Zeus décida de les couper en deux parties ayant chacune un visage, deux bras, deux jambes et ses propres organes génitaux. Une fois séparées, les deux moitiés furent dirigées dans des directions opposées de telle sorte que chacune d’entre elles a dû consacrer le reste de son existence à chercher et à vouloir retrouver sa moitié manquante, son âme sœur, afin d’être enfin heureuse comme jadis.

Ainsi, à en croire Platon, les humains tels que nous les connaissons aujourd’hui ne seraient que des moitiés d’êtres, incomplets, cherchant continuellement à reconnaître et à attirer l’autre moitié d’eux-mêmes pour être enfin contentés et heureux.

Je crois peu à ce mythe philosophique, mais la vérité est que je n’ai pas encore rencontré ma véritable « âme sœur ». Et, bien entendu, chaque fois que je côtoie l’océan, je me sens chez-moi, je deviens plus audacieuse et l’envie me prend de lancer une bouteille à la mer. Qui sait ce qu’une gentille morue habituée au fond des mers pourrait faire pour moi?

De retour à la chambre, j’ai donc écrit un joli poème à mon prince. J’ai utilisé ma plume LAMY à l’encre rouge et j’ai écrit mon poème sur un beau papier blanc dont j’avais préalablement mesuré la hauteur qui devait être égale à celle du ventre de la bouteille. Un serveur de l’hôtel m’avait gentiment donné une bouteille vide d’Errazuriz Estate Sauvignon blanc avec un bouchon à vis bleu foncé. Et, pendant que j’écrivais mon poème, la bouteille trempait dans l’eau chaude du bain. Après avoir terminé l’écriture, j’ai décollé les deux étiquettes de la bouteille, j’ai poli sa surface et j’ai minutieusement séché son intérieur avec le séchoir à cheveux de la chambre. J’ai ensuite roulé le poème et, avec une mèche de cheveux blancs, je l’ai glissé délicatement dans la jolie bouteille vert forêt.

Et c’est ainsi, chers lecteurs, que le lendemain matin, avant de partir vers GASPÉ, je suis retournée au quai de l’ANSE-À-BEAUFILS avec ma précieuse missive. Tout était parfait et, mon cœur rempli d’espoir, j’ai osé demander à un vieux marin s’apprêtant à quitter la rive de bien vouloir amener ma précieuse bouteille jusqu’au large et la lancer à la mer. « Ben OUI, belle madame! » Je n’oublierai jamais le sourire de ce gentil loup de mer qui s’empressa de serrer ma bouteille contre son cœur en me souhaitant qu’elle se rende à bon port.

POÈME À L’ÂME SŒUR
Je suis née en pleurant de vous avoir quitté.
Là où nous étions amoureux et liés.

Avons-nous traversé ensemble ce tunnel vers ici?
Par Zeus, me voilà seule, interdite et punie.

Mes yeux noyés de larmes vous cherchent à tâtons.
Où êtes-vous? Dans quels étranges tréfonds?

Sont sortis de moi trois souffles nouveaux.
Trois raisons de vouloir meilleurs oripeaux.

Je me suis débrouillée et pas mal de surcroît.
Accrochée à l’ouvrage, si loin de vos dix doigts.

Vous êtes toujours là, dans ma tête, vous me cherchez.
Moi, votre bien-aimée, votre belle et tendre moitié.

Je vous devine loquace et serein à la fois.
Entendez-vous de si loin mon cœur en émoi?

Je désire tellement retrouver votre voix.
Puissiez-vous me trouver aussi belle qu’autrefois.

Mon cœur emmuré ratisse le fond des mers.
Puissiez-vous trouver ma bouteille à la mer.
Puissiez-vous fracasser cette prison de verre.

Cora

Pendant tous ces longs mois de confinement quasi obligatoire, je pensais souvent à ma GASPÉSIE chérie et je désespérais de pouvoir la revoir un jour. Et voilà que c’est fait et j’en suis très, très heureuse. Il y a quelque chose de magique dans la réalisation d’un rêve longtemps mijoté et finalement accompli; une espèce de contentement égal à nul autre. L’avez-vous déjà expérimenté? Pensez-y un brin. La vie est comme un Spoutnik, elle passe si vite! Et nous avons tellement de choses à faire juste pour nous garder en vie. Rarement, nous arrivons à être satisfaits et amplement contentés. Ce matin, je le suis pourtant et je réalise que ce récent voyage fut différent de mes anciennes virées au pays de mon enfance. Cette fois-ci, je n’ai parlé à pratiquement personne. J’ai voyagé en symbiose avec le fleuve, la nature luxuriante, les montagnes audacieuses et la route infiniment belle. Et oui, j’étais toute seule dans ma Mini Cooper, comme chaque fois que je prends la route pour aller loin. Ce voyage m’a beaucoup surprise. J’ai réalisé qu’en totale liberté dans la nature, mon inspiration grimpait dans les nuages et s’amusait à m’asperger de jolies phrases et de mille et une idées saugrenues.

J’ai vraiment l’intention de récidiver, de partir à l’aventure plus souvent, comme je l’ai fait cette fois-ci. En revenant à la maison, ma tête s’est remplie d’idées accessibles. Aller plus souvent à MONT-TREMBLANT, à MONT-LAURIER et plus loin vers le Nord. Aller en ESTRIE et aussi vers l’OUEST, me tremper les orteils dans les beaux Grands Lacs ontariens.

Essayez pour voir. Prenez la bagnole et allez quelque part. Même pour un seul après-midi ou pour une journée entière. Ayez quelques pommes, un sandwich, une bouteille d’eau et vos bonbons favoris. Faites comme moi, croquez un sucre d’orge et rajeunissez à vue d’œil. Ouvrez vos fenêtres et laissez le vent chatouiller votre belle figure. Admirez le paysage, enivrez-vous de beauté. Et faites le vide à l’intérieur. Oui,oui! Videz la corbeille de tracas qui obstrue l’artère menant à votre cœur. Les oiseaux volent parce qu’ils n’ont pas de bagage.

Vous connaissez sûrement Thomas Edison, le célèbre américain qui a commercialisé l’invention de l’ampoule électrique. C’est aussi lui qui nous a laissé la célèbre définition de « GÉNIE » : 2 % d’inspiration et 98 % de transpiration. Savez-vous quels ont été ses derniers mots avant de mourir, le 18 octobre 1931? Sa phrase fut : « C’EST TRÈS BEAU LÀ-HAUT ». Encourageant, n’est-ce pas? Vous devez savoir qu’un de mes dadas est de collectionner les dernières phrases prononcées par des hommes ou des femmes célèbres juste avant de mourir. Et vous, chers lecteurs, y pensez-vous quelquefois à ces derniers mots que vos proches entendront?

Pendant ce voyage, je n’avais aucun itinéraire précis, ni événement auquel assister, ni parent ou ami à visiter. La réalité c’est que seuls les goélands savaient que j’étais parmi eux. Je voulais juste m’accrocher au volant et descendre vers la mer. J’avais mon IPAD, une boîte de crayons de couleur bien affilés, des crayons à la mine HP, un cahier à dessiner et, en surcroît, trois calepins d’écriture au cas où une baleine me chuchoterait quelques secrets. Et, à ma grande surprise, je n’ai rien dessiné ni colorié. J’ai juste rempli quatre calepins de notes de tout ce que je voyais et pensais en conduisant. Bien souvent, je stationnais ma Mini pour décrire un paysage, noter une question, une réflexion ou tout simplement un état d’âme du moment. J’étais contente de conduire avec comme seules compagnes la radio et une glacière sans glace contenant des pommes bien lavées (beaucoup de pommes!), des carottes, des poires, des biscottes « keto », des bouteilles d’eau et mon assortiment de vitamines. Une fois la vallée de la Matapédia traversée, j’étais chez nous.

En roulant, j’avais vraiment l’impression, chers lecteurs, que vous étiez avec moi, bien à l’aise sur la banquette arrière. Je vous parlais, me tournant bien souvent comme pour entendre vos commentaires, pour poser une question ou m’esclaffer devant un nom saugrenu de village. Je n’étais pas seule dans la bagnole, vous étiez avec moi.

J’ai lu, l’autre soir, dans un petit bouquin à 6,95 $ intitulé LES RÈGLES D’OR DE LA PENSÉE POSITIVE, que l’on peut retrouver son cœur d’enfant si on réussit à sourire 400 fois par jour. D’accord, une quinzaine de sourires le matin devant le miroir, c’est facile. J’essaie une ou deux couleurs de lunettes, je choisis un joli foulard ou une couronne de fleurs, je crêpe ma couette, colore mes lèvres, efface le trop rouge, remet le rose bonbon et patati et patata. Ma figure chaque matin est une page blanche sur laquelle je commence une nouvelle histoire. Et l’auteur du bouquin aura raison. Il ne tient qu’à moi de multiplier les sourires en mariant les teintes de ma vêture, en portant une jolie épinglette, quelques bracelets de mon cru et des chaussettes assorties. C’est presque garanti, les couleurs éclatantes attirent les sourires. Essayez pour voir. Moi-même, clopin-clopant, j’en provoque un peu partout. Et cela facilite énormément l’objectif de retrouver mon cœur d’enfant.

J’aimerais tellement redevenir la petite fille aux boucles d’or que j’étais à cinq ans. Jouant aux billes avec frérot, je serais convaincue que ma maman m’aime et je n’aurais jamais connu le méchant qui a saccagé mes rêves de jeune femme.

Hypnotisés par le tourbillon de la vie, avons-nous vraiment le temps pour un léger mouvement de la bouche et des yeux? Bien sûr que OUI! Un sourire prend une nanoseconde pour apparaître. Allons-nous nous priver consciemment de milliers de petits bonheurs quotidiens aussi contagieux qu’un sourire? Bien sûr que NON!

En revenant de voyage avec neuf grosses lettres de bla-bla-bla, j’avais vraiment l’impression d’avoir épuisé toutes mes belles phrases. Et pourtant, ce matin, en ouvrant mon IPAD, des centaines de jolis mots bataillaient pour sortir de ma tête. Des mots ragaillardis de conviction et d’espoir.

Je vais donc continuer d’écrire pour me convaincre et vous convaincre, chers lecteurs, que la vie vaut la peine d’être vécue. Inondons nos journées de jolis sourires et ensemble, retrouvons nos cœurs d’enfant.

Cora

J’arrive enfin à RIMOUSKI à 17 h 20. J’ai faim! Je longe le fleuve et, à la hauteur de l’Hôtel Rimouski, des centaines de finissants en costume de bal déambulent sur les pelouses et les trottoirs. Deux petits bateaux de croisière sont amarrés au quai. Les jeunes s’y engouffrent. J’ai tellement faim, mon ventre gargouille. Je quitte le bord de l’eau et tourne vers le boulevard St-Germain. Je stationne et entre dans l’emblématique Maison du spaghetti. Rassasiée, je décide de conduire jusqu’à RIVIÈRE-DU-LOUP. Vite, vite, un café pour me garder éveillée! Le ciel est encore très clair. La route est belle et le loup m’attend.

20 h 10. Me reste-t-il des cerises? Je n’ai plus de bonbons et j’ai la gorge sèche. Je traverse le pont vers RIVIÈRE-DU-LOUP. Je regarde à droite, puis à gauche, et partout en cherchant le loup et un gîte pour dormir. J’en trouve finalement un, un gîte, pas un loup! À 200 $, même les alentours de la GASPÉSIE sont dispendieux. C’est peut-être pour cette raison qu’autant de caravanes sillonnent les routes; bouffe et dodo à moindre prix, mais avec des paiements tous les mois de l’année. Chacun choisit son forfait.

Après avoir trempé dans un bain chaud, je termine la biographie de François Rabelais. Je m’endors dans un lit surdimensionné et hyper confortable. Réveillée très tôt, vers 4 h 30, je n’ai qu’une seule phrase dans la tête, la dernière qu’a prononcée Rabelais avant de mourir, le 9 avril 1553 : « JE M’EN VAIS QUÉRIR LE GRAND PEUT-ÊTRE ». Je répète cette phrase sans cesse jusqu’à conclure une énième fois que personne ne sait ce qui nous attend après.

Je range mes fringues, j’allume la Keurig et me coule un café noir. J’écris quelque deux heures jusqu’à vider ma tête et je quitte l’hôtel. Pressée de plonger dans mon divan favori des LAURENTIDES, j’accepte l’invitation de l’autoroute 20 pour retourner à la maison. Le pied lourd sur la pédale, je roule sur la longue queue d’une sirène qui nage plus vite que tout le monde. La gueuse ose sacrifier les terres agricoles. Elle bouscule les villages, la direction des vents et l’entendement des orignaux. À la hauteur de LA POCATIÈRE, des milliers de bébés sapins essaient de grandir, collés à cette vilaine. J’ai besoin d’essence. Lorsque la grosse coquille jaune de Shell émerge des nuages, il est déjà trop tard pour prendre la sortie. Je dois me concentrer comme Tom Cruise dans son F18. Les mots PÉTRO-CANADA apparaissent sur une pancarte. Je loupe encore la sortie! J’ai bien lu l’écriteau, mais en lisant, j’ai tout de suite oublié le numéro de la sortie. Damnée vieillesse! Un ami bienveillant m’a conseillé d’avoir un chauffeur. C’est impossible. J’adore conduire!

« Tout ce qui arrive n’est jamais sans conséquence », déclare Boucar Diouf à RADIO-CANADA. Il y a sept millions d’années, l’homme s’est levé debout. Et il a découvert le mal de dos. Moi, j’ai mal à mon genou gauche. Il m’arrive de plus en plus souvent de penser que les muscles de cette jambe sont en train de tricoter un petit foulard d’acier autour de ma rotule. Selon Boucar, un milliard de personnes ont mal au dos. Combien ont mal aux genoux?

L’autoroute 20, qu’on appelle aussi autoroute Jean-Lesage, est sérieuse. Sage comme une image. Elle n’a jamais appris à valser avec le paysage, ni à tourbillonner à travers les montagnes de GASPÉ ni à frôler un beau lac égaré dans la nature. C’est la plus droite de toutes les routes de la péninsule gaspésienne. Très chers lecteurs, pouvez-vous garder un secret? De grâce, ne dites à personne que je prends des notes en conduisant, dans un calepin déposé sur ma cuisse droite. Je sais! Mes enfants ne doivent pas lire ces lettres de voyage sinon ils vont m’enlever mes clés. Je semble douce et gentille, mais sous mes plumes de faucon, je suis une audacieuse qui n’a pas peur du danger. J’ai uniquement peur des serpents, des anguilles et de tout ce qui ondule sans membres sur cette terre.

Jeune maman, j’ai manqué mourir. Je passais la moppe dans la chambre des enfants. Dans la garde-robe se trouvait un gros sac brun d’épicerie. J’ouvre le sac et l’instant devient le pire de toute ma vie. Je vois une dizaine de jeunes serpents entortillés ensemble dans le sac. Mon cœur arrête de battre. Je sors de la chambre, ferme la porte et tire un fauteuil du salon pour le coller contre la porte de la chambre aux serpents. Fallait les empêcher de prendre leurs aises dans toute la maison. Sérieusement, j’ai cru mourir de peur!

11 h 20. Il me reste encore des cerises. J’en mange quelques-unes. Les noyaux s’envolent par la fenêtre. La douce pluie se transforme en orage. Je ferme les fenêtres. Un malencontreux noyau claque dans la vitre, recule et tombe sur mon chandail blanc. HORREUR! J’arrête net de manger ces maudites cerises. Il n’en reste que quatre ou cinq que je lance aux corneilles. J’hésite. J’ouvre un paquet de lingettes désinfectantes CLOROX. Vais-je faire pire ou mieux pour nettoyer le sang rouge de la cerise imbriqué dans les mailles du tricot blanc? « Dans le doute, abstenons-nous », me chuchote feu ma maman.

MONTRÉAL, 160 kilomètres. Je roule et, soudainement, tout ce que mes yeux voient, ce sont les nombreuses taches brunes foncées sur les deux mains qui tiennent le volant. Qu’est-ce donc? Des petits morceaux de vieillesse grillant au soleil? Je n’ai jamais pris soin de ma peau malgré les trois ou quatre pots de crème que je reçois chaque Noël. Je préfère de beaucoup recevoir de nouveaux livres, mais ma fille espère toujours que je m’améliore. Elle insiste chaque fois qu’elle me découvre des points noirs sur le nez, de nouvelles craquelures dans le cou, et le pire, ces damnés petits boutons rouges sur le haut de mon front. Quelques fois, je voudrais être une autre, une femme magnifique. Une Lise Watier, par exemple. Si douce, si noble et tellement belle. Je suis certaine qu’elle ne pourra jamais vieillir.

La 20 Ouest s’éclaircit et le ciel aussi. J’essaie de chantonner un brin. Mon cœur s’envole vers l’ISLANDE où vivent quelques-uns de mes auteurs préférés. Ces génies de l’écriture savent emplir leurs phrases de beauté et maîtrisent le judicieux équilibre entre l’homme et son habitacle.

13 h 29. Je croque une carotte, j’avale des vitamines et ça fait du bien à ma gourmandise. Quel pont est le moins congestionné pour entrer sur l’île de MONTRÉAL? C’est vendredi, les citadins fuient la ville, je suppose. Je cherche le sac de bonbons. J’en attrape un, « crème de coco à la menthe ». La menthe a bon goût, mais le coco ne goûte rien. Peinée, je croque le bonbon pour en finir et, miracle, je découvre une délicieuse crème de coco. Ainsi en est-il de la plupart de nos rencontres! On jase un peu et la plupart du temps, on s’éloigne. On jette le bonbon. Mais lorsqu’on insiste, lorsqu’on fracasse la première impression, on découvre bien souvent le délicieux, le merveilleux. Pourquoi sommes-nous si enclins à cacher le meilleur de nous-mêmes?

Ce petit cœur de bonté à l’intérieur de chacun de nous, c’est notre trésor, notre unicité, notre réservoir de tendresse et de générosité. Prenez-en bien soin, prenez soin de vous, très chers lecteurs. Prenez soin du noyau d’amour qui dynamise votre existence. C’est la grâce que je vous souhaite de tout mon cœur!

FIN DES LETTRES DE VOYAGE.

Cora

P.-S. – N’ayez crainte, plusieurs autres missives suivront!

10 h 47. Je mange des cerises en conduisant. Les noyaux volent à travers les fenêtres grandes ouvertes. Je roule et je roule. Tout va merveilleusement bien. Et voilà que, soudainement, une cerise trop molle glisse entre mes doigts. Elle tombe sur ma cuisse gauche, sur mon pantalon bleu clair. Mon ciel s’embrume. Un obus rouge feu vient d’attaquer la quiétude du voyage. J’ai envie de lancer toutes mes cerises aux goélands.

11 h 28. Depuis que j’ai réalisé que la double ligne jaune de la route est de la même couleur que le Soleil jaune de notre entreprise, je ne suis plus seule au volant. Mon Soleil est avec moi. Nous arrivons à SAINTE-ANNE-DES-MONTS, la grande, et RADIO-CANADA arrête de gricher. J’entends clairement que l’été est arrivé hier. Zut! Déjà l’été. « Les radiateurs sont assoiffés », ajoute la radio. Je longe la route touristique avec mes roues presque dans l’eau. La baie de SAINTE-ANNE-DES-MONTS est très bucolique. On dirait des petites maisons suspendues dans un arbre de Noël. La ville est une grosse municipalité. Grosse aussi est son église aux deux clochers, sans parler de son immense presbytère. Juste en face, le complexe EXPLORAMER m’attire comme un aimant. Je stationne devant. Allons voir si je pourrais y trouver un nouveau goéland à suspendre dans ma verrière. Il n’y en a pas. La mode des goélands en plastique est définitivement terminée. Mais je trouve une sirène en tissu et un gros requin incassable. J’espère qu’ils vont s’adonner dans la verrière.

Au comptoir d’Exploramer, je sens mon ventre gargouiller. J’interroge la belle caissière. Elle me suggère une cantine au bord de l’eau, à quelques kilomètres du musée. J’y commande une guédille au homard, avec une petite frite et un cola. Ici, on entre, on examine le menu sur le mur, on commande, on paie la facture et on attend que la patronne crie notre numéro. Le mien, c’est le 132. « Comme la route », remarque la boss. Ça lui vaut bien un petit sourire. Je demande à mon voisin de table combien de kilomètres il y a jusqu’à RIMOUSKI, et il me répond dans un français de France impeccable. Devant lui, une poutine bourrée de crottes de fromage et de crevettes de Matane. J’aurais donc dû. J’ai encore faim en quittant l’établissement. Dehors, quelques hommes parlent du grand feu de la Saint-Jean. Zut, c’est demain. J’ai vraiment perdu la notion du temps.

13 h. Je reprends la route. À CAP-CHAT, une corneille en équilibre sautille sur la double ligne jaune du chemin. J’allume la radio. Eugénie Lépine-Blondeau me parle d’Elvis. À ce qu’il paraît, il est plus vivant que jamais. La Madame Cora restera-t-elle aussi longtemps dans la mémoire collective? Les ventres comblés se souviennent-ils des bonnes adresses?

Elvis est devenu une grande vedette à 19 ans. Moi, une petite à 40. C’est beaucoup moins mémorable. Lorsque j’ai fait mes débuts derrière un comptoir, j’avais de longs cheveux tressés et attachés autour de ma tête avec une blouse blanche boutonnée jusqu’au cou. Elvis entrait par les oreilles des gens et sautait vite dans leurs cœurs. Moi, je descendais dans leurs ventres et je devais remonter laborieusement vers leurs cœurs. Peu importe, je suis maintenant une vieille « crooner » assez satisfaite de ses exploits.

Longeant toujours le fleuve, je contemple une longue filée d’éoliennes. Je ne sais pas exactement ce qu’elles ajoutent à la vigueur des vents, mais elles sont magnifiques. Elles me font penser à de jolies ballerines du ciel, la tête à l’envers. Vous l’ai-je déjà dit; je m’ennuie des anciennes bagnoles dans lesquelles on pouvait écouter des CD? Lorsque je travaillais à fond de train, j’ai réussi mon examen d’administratrice de sociétés publiques grâce aux dizaines de CD de business que j’écoutais en voyageant d’une ville à l’autre. Lorsqu’on commence en affaires à 40 ans, on n’a pas une minute à perdre que je me disais. Et pendant ce présent voyage, si j’avais eu un lecteur CD, j’aurais peut-être pu écouter le récit d’histoires abracadabrantes ou de légendes gaspésiennes. Ou peut-être non. Non. Tout compte fait, je préfère être attentive à ce que la nature m’enseigne. J’aime mieux m’imaginer que vous êtes avec moi, chers lecteurs; que vous êtes bien assis sur la banquette arrière de la Mini.

Je roule, je m’envole, je vole et bang! J’atterris à GROSSES-ROCHES. Je m’immobilise. Je suis à la queue leu leu, derrière une vingtaine d’automobiles avançant à pas de tortue. Encore une route en construction! J’ai vraiment l’impression que, cette année, toute la GASPÉSIE est en train de se refaire une beauté. J’ai beaucoup de compassion pour les chauffeurs de gros camions de marchandises. Leur patience est mise à rude épreuve tellement souvent. Mais que faire? Ce sont les ponts surtout qui souffrent le plus d’arthrite sévère.

Où sont mes bonbons? J’ai encore la gorge sèche. J’ai besoin d’en mettre deux dans ma bouche pour que ça goûte quelque chose. Les Butter Cream du Super C sont les meilleurs de l’échantillonnage choisi. Bénis soient les orignaux parce qu’après la cinquantaine de pancartes que j’ai vues en visitant la péninsule, aucun d’eux n’a passé l’arme à gauche. La route en construction m’exaspère. J’enfile deux autres Butter Cream.

14 h 28. Je bouge et je roule comme si j’apprenais une étrange valse à quatre roues. Approchant MATANE, je constate que les montagnes ont fini de parader. La terre est redevenue plate, le vent frisquet. Je traverse la ville et assiste à la procession de toutes les grandes marques commerciales du pays. Je tourne à gauche et entre dans la file du Tim Hortons pour un café chaud. En revenant dans la voiture, j’essaie en vain de monter la température. Damnée vieillesse, j’ai oublié comment faire. Encore un de ces oublis momentanés que j’expérimente depuis peu. Je perds à l’occasion mes clés, ma plume fontaine, le roman du jour ou ma liste d’épicerie. Je zigonne avec les boutons, je respire, je me calme et voilà qu’un pouf d’air chaud me caresse le nez. Je finis toujours par retrouver tout ce qui est perdu dans la maison. Pour le reste, comme un nom, une information, une façon de faire ou une adresse, j’attends. J’appelle ma fille, ma petite-fille, un bon ami ou quelqu’un du bureau. Ces petits moments d’oubli me terrorisent. C’est la première fois que j’en parle. Serait-ce l’air marin qui m’invite à tout dire, le bon et le moins bon?

J’approche de SAINTE-FLAVIE où j’ai dormi il y a quelques jours. Je ralentis et stationne le bolide dans la cour d’église pour quelques minutes. Le temps de traverser la route et de courir me tremper les orteils dans la mer; le temps de respirer à pleins poumons et le temps de réaliser que c’est à SAINTE-FLAVIE que je boucle la boucle du tour de la GASPÉSIE. D’est en ouest, j’ai adoré côtoyer le fleuve. À partir d’ici, je remonte vers mon chez-moi, dans nos belles Laurentides.

À suivre la semaine prochaine pour la conclusion des lettres de voyage!

Cora

Je quitte GRANDE-VALLÉE, son joli motel et sa vue du fleuve à couper le souffle. Je m’agrippe, je tourne et je grimpe plus haut sur une étroite route ressemblant à une banderole entourant un immense sapin de Noël. J’encercle les montagnes et j’ai peur tellement la route semble suspendue dans les airs. RADIO-CANADA annonce du beau temps; alternance soleil, nuages, humidex 25, dégagement des nuages en après-midi. Youpi! Quelques minutes passent et la radio se révolte à pleins poumons : 350 $ la nuitée pour un dodo aux États-Unis, 60 $ la livre pour goûter à un petit homard frais, sans compter le prix de l’échange.

Je descends maintenant une très longue côte. Je vole, je virevolte comme si j’étais une plume de goéland tombant du ciel. J’ai un peu peur, très peur même. Mes orteils sont cimentés à la pédale de frein. Un instant, j’espère que mon assurance auto est en règle. J’ai lu quelque part que l’homme qui marche est en meilleure santé. Celui qui roule est davantage en danger. Il risque à tout instant d’arrêter de pouvoir marcher.

SAINTE-ANNE-DES-MONTS, 95 kilomètres. Ai-je assez de café pour m’y rendre? Enfin, une maison jaune citron attire mon attention. Je la photographie à travers le pare-brise. C’est plutôt rare en Gaspésie les couleurs flamboyantes. Selon RADIO-CANADA, l’inflation est directement proportionnelle au prix de l’essence. Et ne me demandez pas à combien de $$$ je suis rendue pour admirer le paysage.

À bien y réfléchir, j’en suis à rouler mes derniers milles. Je n’ai plus besoin de grand-chose; plus besoin d’acheter de nouvelles fringues ni de souliers du dimanche, ni même de jolis foulards décoratifs pour cacher les craquelures de l’âge. Mes garde-robes en sont remplies. J’ai eu mon heure de gloire lorsque j’avais 15 ou 16 ans et que tout le monde me disait que je ressemblais à la célèbre Marina Vlady. C’était une belle actrice qui s’est mariée avec le magnifique Robert Hossein. Aujourd’hui, à mon âge, je vis dans ma tête la plupart du temps et j’y suis assez bien. Sauf lorsqu’un beau homard me tend sa pince. J’oublie la dépense. La chair de la mer est mon point faible. Ici, collée à l’océan : au diable la dépense. Je compense tous les petits carrés congelés de morue d’Islande que j’achète chez Costco.

Serait-ce mon dernier voyage dans le bas du fleuve? Peut-être pas! La seule façon de vivre longtemps c’est de pleinement accepter de vieillir, accepter d’avoir des projets, accepter de ne jamais arrêter de rêver. Mes proches savent que je suis une poseuse de questions, à la vie, aux autres, à moi-même et au grand manitou qui ne répond jamais. Arriverais-je à savoir qui je suis avant de lever les pattes? J’ai souvent l’impression que mon identité est en constante métamorphose.

SAINTE-MADELEINE-DE-LA-RIVIÈRE-À-MADELEINE annonce la planchette verte. Elle est où ma rivière à moi? N’ai-je point lavé assez de vaisselle dans ma vie pour avoir ma propre bassine quelque part? Au paradis, peut-être?

Nous arrivons à GROS-MORNE. Qui est-ce? Un ours célèbre? Un ancien Canadien surdimensionné? Qui est GROS-MORNE? Une montagne défrisée? Un célèbre chef autochtone? Y aurait-il ici-bas un ministère des Nomenclatures des villes et villages? Et de noms d’églises?

ATTENTION! ANSE-PLEUREUSE à l’horizon. 12 kilomètres. « Les larmes lavent nos yeux », disait maman à travers la porte lorsque je me cachais dans une garde-robe pour tempêter. Ainsi va la vie. Avez-vous déjà remarqué que nos malheurs sont souvent entrecoupés de petites joies surprenantes? Je m’enfuis de la maison avec mes enfants. L’époux ne me donne rien, rien de rien, et malgré cela, je saute de joie d’être enfin libre. J’en ai bavé plus d’une fois et j’ai fini par apprendre que la grosse misère ne dure jamais éternellement. Au pire, au plus noir du désespoir, il y a toujours une petite fissure, un mince filet de soleil s’immisçant dans notre nuit. C’est peut-être de cela que parlait le célèbre Leonard Cohen : la petite faille d’espoir que nous portons en nous. Je vais certainement revisiter ce grand poète. J’ai d’ailleurs jadis étudié la symbolique de ses psaumes dans le livre qui s’endort avec moi, sur ma table de chevet.

À MONT-SAINT-PIERRE, j’apprends finalement que le GROS-MORNE est un joli rocher qui avance dans la mer. Mais pourquoi ce rocher est-il morne et triste? Je roule, je roule un très long moment en frôlant la mer. J’espère toujours voir un dos de baleine sortir de l’eau. Surtout lorsqu’une volée de goélands dessine une chorégraphie dans le bleu du ciel. J’en vois plusieurs se poser, s’assoir au ras de l’eau, ou sur le bois mort de la grève. Ces oiseaux m’impressionnent. J’en ai même eu un suspendu dans ma verrière des années durant. Je lui disais bonjour chaque matin, jusqu’à ce qu’un peintre en bâtiment le lance dans un gros « container » à déchets, il y a quatre ans. J’avais entrepris quelques travaux de rénovation dans la maison et mon beau goéland de plastique s’est envolé.

MARSOUI, 10 kilomètres. Je longe toujours la mer. Vivifiante et apaisante, l’eau de la GASPÉSIE me fait penser à la bonté. Je l’imagine remplissant toutes les chambres vides de ma vie. Un peu plus loin, je repense à la triste histoire du GROS-MORNE. Un vieux pêcheur m’a raconté que le gentil rocher s’était amouraché d’une sirène immensément belle dont les yeux d’agates mordorées attiraient les marins affamés. Capricieuse et hautaine, la gueuse ignorait le rocher qui lui, en tendant les bras vers sa belle, avançait loin dans la baie. La méchante sirène préférait enjôler ses multiples prétendants avec sa voix d’archange et sa queue d’écailles scintillantes.

Jadis, à 18 ans, j’aurais pu être une belle et bonne sirène, amoureuse d’un solide rocher. Mais je suis restée sur la terre ferme. Et cela n’a pas empêché un terrible requin de saccager tous mes rêves de jeune femme. Attentionnée et studieuse, je terminais de grandes études classiques qui allaient m’amener à la Sorbonne de Paris. Mon plus cher désir était de devenir écrivaine. Et pourtant!

Je me souviens tellement de ce fameux samedi soir où la terre s’est mise à tourner du mauvais côté. Je venais juste de passer mon permis de conduire et papa avait consenti à me prêter sa petite Volvo blanche pour aller visiter une copine de collège demeurant à quelque 15 kilomètres de la grande ville de Montréal. J’allais y passer le week-end. Je jubilais au volant de l’automobile, j’aimais conduire autant qu’aujourd’hui. Et lorsque je suis arrivée chez la copine, ses deux cousines de nos âges y étaient. Ces trois jeunes filles étaient des mordues de danse.

Beaucoup plus dégourdies que moi, elles allaient fréquemment, le samedi soir, dans des « dancing » du centre-ville de Montréal. Et bien entendu, elles ont insisté pour que nous y allions toutes les quatre avec l’automobile de papa. Sans vraiment réfléchir, j’ai consenti parce que j’aimais tenir le volant. J’ai dû, en conduisant, avertir les copines que je ne savais pas danser, que je n’avais jamais dansé, jamais de ma courte vie. Elles ont pouffé de rire à gros bouillons. J’étais une jeune fille plutôt intellectuelle et studieuse qui n’avait, comme on dirait, jamais sorti dans le monde.

Lorsque nous sommes arrivées à destination, la noirceur tombait sur la ville. Les magasins étaient fermés, mais les trottoirs étaient encore bondés de jeunes et de moins jeunes. Une faune urbaine qui m’était totalement inconnue. J’ai stationné dans un parking payant et sécuritaire. J’ai ensuite suivi les copines qui semblaient très bien connaitre l’adresse du dancing. Un homme obèse et sans âge en gardait la porte. Il l’ouvrit avec un sourire davantage interrogateur que conciliant. N’étions-nous point trop jeunes pour ce genre d’endroit? Allait-on nous demander nos cartes? Devant nous, un immense escalier dans lequel déboulait un bourdonnement d’enfer. Devant moi, les copines grimpaient les marches deux par deux, hypnotisées par la musique. Ouache! Où suis-je? À chaque marche, j’ai voulu me retourner et quitter cet endroit. Mais j’avais promis qu’on reviendrait ensemble chez la copine. Et je me suis laissée conduire à une table ronde faisant face à la piste de danse. « Quatre Cosmopolitains », commanda la copine. Quatre quoi? L’endroit lui-même était cosmopolite, bourré des plus beaux mâles que j’ai vus de toute ma courte vie. Je ne pouvais pas à cette époque distinguer les différentes nationalités présentes dans ce dancing, mais j’appréciais la beauté de ces hommes. Ils ressemblaient presque tous aux dieux mythiques de l’Antiquité gréco-romaine; ceux-là mêmes dont j’ai étudié l’histoire pendant mes études classiques.

Et voilà que, soudainement, l’un d’entre eux, immensément grand, solide et beau avec sa chevelure d’ébène et le teint cuivré, s’avance vers notre table. Je le dévisage tellement il est magnifique. Mais lui a les yeux enfoncés dans le turquoise des yeux de la copine. Après quelques longs instants, étrangement, il se tourne vers moi. Ses yeux m’hypnotisent. Il tend sa main et m’invite à danser. Incapable de dire non, je me lève et me laisse tirer vers le centre de la piste.

Et c’est ainsi qu’ignorante des choses de la vie, une Belle au bois dormant s’est endormie pour de nombreuses et longues années cauchemardesques. Mais elle se réveille tout doucement. Essayant d’assembler les pièces du casse-tête, revisitant les bons et les moins bons moments de son existence. Écrivant, lisant, cherchant à comprendre la morale de son histoire. Une chose est certaine : il ne faut pas se fier à l’apparence des autres, mais à leur bonté de cœur.

À suivre la semaine prochaine!

Cora

Avez-vous déjà remarqué que le retour est toujours plus rapide que l’aller? On roule, on vole, nos yeux se sont habitués au paysage. Et la mer placide et accommodante est encore à nos côtés. Même en passant par la haute GASPÉSIE, ses montagnes et ses vallons, le décor est à couper le souffle. Je roule maintenant sur la 132 Nord-Ouest en direction de QUÉBEC avec un arrêt vers 18 h pour un dodo à GRANDE-VALLÉE, les pieds du gîte trempant dans l’eau salée.

J’ai quitté PERCÉ vers 13 h, après un bel avant-midi d’écriture. Je l’avoue, je n’ai pas eu beaucoup de difficulté à partir. Un froid de canard me poussait vers les montagnes. J’ai donc embrassé les goélands, dit « adios » au rocher et à l’île Bonaventure et entrepris de grimper les falaises menant vers GASPÉ. Un premier petit village m’interpelle : BARACHOIS. Quel nom étrange! À ce qu’il paraît, le village fait partie de la ville de PERCÉ depuis 1971. Le plus important à BARACHOIS, c’est son banc de sable de 10 kilomètres de long. Je ne l’ai pas marché, mais je l’ai contemplé.

Quittant ce joli village, ma Mini gronde. Elle en a déjà assez de grimper et de redescendre des côtes à l’infini. Nous nous dirigeons vers GASPÉ, le gros nez de la pointe gaspésienne. ATTENTION, DANGER. Des casques blancs déterrent quelques grosses veines ferreuses du chemin. Un homme surdimensionné tient un énorme boyau d’arrosage dans sa main. Il arrose la poussière émanant de l’ouvrage. Béni soit mon métier de cuisinière! Filant vers GASPÉ, mille photos d’océan s’enregistrent dans ma tête. Le ciel est bleu foncé, presque du même bleu que les bacs bleus parsemés sur la route. À ma gauche, encore un cimetière aux racines plantées dans la mer. Devant moi, une moufette morte est étendue sur les deux lignes jaunes de la route. Est-elle moins ou plus chanceuse que les corps qui pourrissent au cimetière?

Le saviez-vous? Les Premières Nations occupent le territoire depuis des millénaires. Le nom GASPÉ remonte à un terme d’origine micmac connu sous le nom de « Gespeg » signifiant « bout du monde » ou encore « fin des terres ».

GASPÉ, 26 kilomètres. Une immense côte s’est installée, perpendiculaire au ciel. Ses alentours sont vert paradis. Je viens d’entendre à la radio que la pluie est la meilleure amie du livre. Est-ce vrai? La pluie est capable de détremper les pages, d’affadir la chair des phrases et de diluer la signification des mots. À un moment donné, ma mère avait comme dada de nous laver la tête avec de l’eau de pluie. Je n’ai jamais creusé ce sujet, mais je me souviens qu’il fallait faire bouillir l’eau sur le poêle à bois.

GASPÉ, 7 kilomètres. Y trouverai-je un nouveau calepin ou deux pour mes notes en conduisant? La plupart du temps, j’arrête au bord de la route, dans une entrée. J’ai une immense galerie autour de ma tête, là où attendent les idées avant de les écrire sur un feuillet.

Je roule, je descends de haut. À gauche, une belle baie. À droite, un Couche-Tard. Il faudrait peut-être que je me renseigne. À quelle heure se couchent les Gaspésiens? Tard ou pas tard? Devant moi, un pont. Je le traverse et j’arrive à GASPÉ. À ma gauche, un petit centre commercial où j’espère trouver de quoi écrire encore. J’y entre pour le calepin et je trouve aussi une jolie librairie indépendante où j’achète trois livres. Comme s’il m’en manquait à Montréal! Je suis une vorace; une « libriofagas ». Ça veut dire que j’en mange tous les jours. Je suis quelquefois assez excentrique. Il m’arrive d’inventer des mots rares pour mieux m’exprimer, des mots empruntés au grec ancien que j’oublie après coup, la plupart du temps.

Je vis toute seule dans une grande maison de plain-pied. Je choisis chaque jour ce que je veux voir, lire ou entendre. J’écoute le fringant Mozart, Haendel et beaucoup de musique baroque. Il paraît que ça facilite l’écriture. Je suis convaincue que, quoi qu’il m’arrive aujourd’hui, le soleil et mon Soleil se lèveront demain.

J’avance maintenant sur la 197 Nord. J’ai coupé une pointe du gros nez de GASPÉ pour gagner du temps, mais je ne suis pas si pressée. C’est la jeune fille de l’office touristique de PERCÉ qui m’a suggéré ce raccourci. Et, la plupart du temps, j’écoute les gens qui veulent m’aider.

Aussi profonde est la mer, aussi hautes sont les montagnes; du moins, c’est ce que je pense en grimpant si haut dans le ciel. Tous les villages de la GASPÉSIE se ressemblent. Des petites, des moyennes et quelques grosses maisons tout de blanc peinturé avec deux ou trois beaux lilas en devanture. Cent fois j’ai voulu arrêter pour en cueillir et je me suis abstenue. Ce n’est pas bien de prendre le bien d’autrui, surtout de voler des branches de lilas qui ne repousseront jamais.

Avant-hier matin, au Super C de CHANDLER, je me suis acheté des poires Bosc, des cerises venant de je ne sais où, et des bonbons mélangés pour contrer la sécheresse de ma bouche à force de me taire. Un besoin plutôt rare, je l’avoue. Je suis une grande gueule plutôt dégourdie, mais le voyage me fait du bien. Il me calme et m’apprend à réfléchir en silence. Je roule en ligne droite quelques instants et j’arrive à SAINT-MAURICE-DE-L’ÉCHOUERIE; un nom à coucher dehors, mais un bord de mer des plus sympathiques. J’immobilise mon bolide. Je cherche mon sac de bonbons. J’en sors un, je le déballe, je le croque et j’ai tout de suite envie de le lancer par la fenêtre. Un oiseau affamé sautera peut-être dessus.

POINTE-JAUNE. Mais rien de jaune à l’horizon; tout est vert et blanc. Le blanc des petites maisons blanches qui se ressemblent toutes. En grimpant une haute montagne, je m’aperçois que seule la double ligne au centre de la route est jaune; un jaune assez rare, le même jaune que le jaune de notre marque de commerce. Pixel pour pixel, les lignes du chemin et le SOLEIL jaune des restos Cora sont pareils. C’est la première fois que je le remarque, après 35 années de vie commune. Faut dire que ce sont souvent les choses les plus près de nous que nous négligeons. Elles sont si près que nous ne les voyons plus : le chien à qui dont on pile sur la queue, le mari qui remplit votre bol de céréales chaque matin, un adolescent qu’on ignore par habitude, un ventre qui grossit en cachette de son maître, un cou qui craquelle, un sein qui se dégonfle.

La bagnole grimpe et redescend et arrive à CLORIDORME où il y a beaucoup trop de beauté pour si peu d’habitations. Ciel! Des rosiers sauvages à ma droite. Comme ceux que nous avions jadis à CAPLAN. Je m’en souviens tellement. En saison, nous assemblions des bouquets pour maman et grand-maman. Nos doigts saignaient souvent lorsque les rosiers s’emplissaient de beauté. À la maison, ma mère disait que le beau fait souffrir. Que voulait-elle dire, au juste? Ses mains pleines d’eczéma saignaient pour un rien, en dépiautant un poulet, en roulant un fond de tarte ou en équeutant des framboises. Nous avons certainement gouté plus d’une fois à son liquide rouge. À bien y penser, ne sommes-nous point aussi la chair de sa chair ensevelie au fond de la BAIE-DES-CHALEURS?

À suivre la semaine prochaine!

Cora

Qui l’eut cru? Je suis assise avec un grand thé noir au McDonald’s de CHANDLER. En quittant le joli motel de PASPÉBIAC je me suis rendu compte que le comptoir à café de l’office principal était fermé. J’ai donc mis la clé dans la fente de la porte et j’ai pris la route sans écrire, la tête bien bourrée de tous les souvenirs d’hier.

À la radio de RADIO-CANADA Nouveau-Brunswick, j’entends une gentille présentatrice faire le point sur les points. Et moi j’imagine une immense ligne de petits points avançant à la queue leu leu vers je ne sais où. Mais non, la femme parle des points que l’on reçoit lorsqu’on achète quelque chose à la pharmacie. Zut! J’échappe quelques gouttes de café sur mon pantalon rose; rose bonbon comme le chandail et les petites chaussettes que j’ai aux pieds. Depuis que j’ai abandonné les sérieux costards (costumes trois-pièces), j’ai cette propension à m’habiller ton sur ton avec des couleurs vives : rose, vert lime, jaune citron, bleu ciel et rouge framboise. J’ai de la suite dans les idées. Je porte des couleurs des fruits enjolivant nos assiettes à déjeuner. En ai-je de ces fameux points que l’on me donne à tout bout de champ? La dernière fois que j’y ai réfléchi, tous les petits-enfants sont partis en vacances.

Par ici, à PORT-DANIEL, les maisons sont presque toutes peinturées blanches. Que se passe-t-il? 30 % de possibilités d’averses à PERCÉ; annonce maintenant RADIO-CANADA, ma meilleure amie en voyage. L’averse ne me dérange pas. Selon Google, l’eau abreuve, l’eau lave, l’eau purifie, l’eau préserve notre peau, améliore notre concentration, notre mémoire et notre digestion.

Pour un instant, oubliez l’eau, ouvrez grands vos yeux et regardez combien les lupins sauvages sont magnifiques en GASPÉSIE. Mauves, roses, blancs ou bleus pâles, ils enjolivent nos bords de route et réchauffent nos cœurs. J’adore les fleurs, mais je n’ai jamais acquis l’habitude d’en acheter. J’ai toujours été grippe-sou, comme ma mère probablement. La pauvre économisait sur tout même si son époux avait à l’époque un salaire convenable. Croyez-le ou non, durant la pandémie, j’ai moi-même déterré des plants de lupins sauvages et je les ai transplantés dans mon parterre. Et ils ont survécu! Cette année, ils sont aussi gros et aussi beaux que leurs frères sauvages.

Je roule, roule et j’arrive au centre de PORT-DANIEL. Je suis sur un pont entouré d’eau lorsqu’un gros orage éclate. À droite, à gauche et partout, il y a de l’eau se mêlant à l’eau des nuages qui m’asperge à gros bouillons.

Avez-vous déjà réfléchi aux églises anglicanes? Savez-vous qu’elles sont beaucoup plus petites que les grosses églises catholiques? Humblement peinturées en blanc, elles ressemblent à des petits chalets où les voyageurs dans le besoin auraient le moyen de coucher. La foi se mesurerait-elle à la grosseur du bâtiment; ou l’enfer à l’intensité de son feu? Après quelque 700 kilomètres de route, j’ai envie de dire que presque tous les cimetières du bas du fleuve sont situés du côté de la mer. Les morts s’y trouveraient-ils plus à l’aise; plus heureux à entendre le doux murmure des sirènes, plus enclins à se dissoudre dans l’eau salée?

Wow! Au 95 FM, Gilles Vigneault chante « Gens du pays ». J’immobilise ma bagnole et j’engrange tous ces kilos de poésie. C’est moi, gens du pays. Parle-moi d’amour, cher Gilles.

À CHANDLER, les fantômes de pissenlits s’évaporent dans le ciel. Des champignons d’argile enjolivent les devantures. Les falaises sont abruptes et la mer est souvent difficile à voir. Ma courageuse Mini monte et descend en permanence, comme un manège de parc d’attractions. Je roule et je vole et, soudainement, la radio m’apprend qu’à PERCÉ, 800 marcheurs viennent de compléter la « Ultra Trail Gaspesia 100 ». Moi qui en suis à 30 kilomètres du rocher, trouverai-je un gîte pour la nuit? Mon pied s’alourdit sur la pédale. J’ai faim. Aujourd’hui je n’ai rien mangé d’autre que des pommes et des carottes. Je dévale une longue côte. En plein soleil, vers 16 h, j’entrevois enfin le fameux rocher, vu, senti et touché par des milliards de touristes depuis l’aube des temps. L’Hôtel La Normandie, lui aussi, le dévisage. J’y entre et demande une nuitée. Du balcon de la chambre face à la mer, je pourrais presque tendre le bras et caresser la merveille. Mais non! Des milliers d’oiseaux blancs la protègent. Une sécurité peut-être supérieure à celle du pape François?

Ah! Si j’étais plus jeune, je chausserais de grosses bottes, m’enroulerais dans un ciré de marin et irais à la pêche en haute mer pour capturer des baleines ou attraper de grosses morues par le ventre avec une épaisse ligne transparente et un hameçon géant.

Ah! Si j’étais plus sportive, je partirais en expédition avec d’autres dans les sentiers pédestres de l’arrière-pays percéen. Je visiterais le Géoparc mondial UNESCO : la fameuse Grotte, la grande crevasse et la forêt magique.

Ah! Si j’étais plus aventureuse, j’irais faire le tour de l’ÎLE BONAVENTURE en kayak. J’escaladerais les cordages jusqu’à grimper sur la terre ferme de l’île où je casserais la croûte.

Ah! Si j’étais plus curieuse, je louerais des bonbonnes de plongée et je ratisserais le fond de la baie pour y admirer ses plus belles agates.

Ah! Si le temps pouvait se détricoter, mais il ne le peut point. Alors je claudique sur les trottoirs de PERCÉ à la recherche d’un beau goéland à suspendre dans ma verrière des Laurentides. Confrontée à mille babioles déjà vues, je reviens au gîte me faire une beauté pour le souper. Puis, au grand comptoir de La Maison du Pêcheur, c’est une magnifique pizza blanche qui vole la vedette au homard vivant. Toute bourrée de crevettes, de pétoncles et de chair de homard, la pizza est un véritable délice; avec deux coupes de pinot grigio. Oui, oui. Au diable la dépense!

C’est tellement facile de rêver lorsqu’on a mangé comme une reine. Je m’enroule dans le blanc immaculé des draps, dépose un livre de poésie sur mon flanc et je laisse mon cœur tout doucement aspirer la magie des mots.

À suivre dimanche prochain!

Cora

Peut-être ai-je oublié? Vous ai-je parlé d’AMQUI, l’épicentre de la vallée de la MATAPÉDIA? Là où je me suis acheté des petits rouleaux à friser chez Hart parce que j’avais la chevelure déconfite par quelques orages. Oui, oui, ce soir-là, à CARLETON-SUR-MER, j’ai dormi comme dans l’ancien temps, avec un grand foulard de tête emmaillotant mes rouleaux torturants. Au matin, lorsque ma tête de gorgone entra dans l’espace CAFÉ de l’hôtel, le beau jeune homme qui servait aux tables m’a aussi apporté un étrange sourire avec le café. Un sourire et quelque dix autres cafés, que j’ai bus en écrivant ma lettre matinale.

Bref, en quittant CARLERTON, la BAIE DE MARIA, ainsi que sa jolie plage et sa mer magnifique m’ont tout de suite éblouie. J’ai même adoré les petits escaliers pour descendre dans l’eau, accrochés ici et là aux rebords de la route. MARIA m’a fait penser à une immense tarte au citron qui n’a pas besoin de meringue pour être magnifique. Avec ses bras grand ouverts aux touristes et sans nul besoin de bling bling pour attirer les incrédules, je pourrais presque conclure que MARIA est une des meilleures bouchées gaspésiennes.

Je roule et je roule, et lorsque j’approche de CAPLAN, la tragédie débute! Un ciel embourbé de foudre et d’éclairs me défrise les bouclettes. Je cherche mes aïeux. Je cherche la maison de mon grand-père Frédéric, ou celle d’à côté où nous habitions. Un déluge les aurait-il déracinées? Le village de CAPLAN serait-il devenu un trou d’aiguille dans une mappemonde? Ou est-ce moi? Serais-je devenue trop sénile pour reconnaître le village de mon enfance? Aurais-je tout oublié pendant la pandémie?

Telle une vieille chaussette au lavage, mon village aurait-il rétréci de moitié? À part l’église, pourléchée de bourrasques, je ne reconnais plus rien. Que faire, que dire? Les rues, les trottoirs et les petites devantures gazonnées sont vides. Je descends donc sur la grève et constate immédiatement que le quai aux millions d’anguilles a disparu. La terre des falaises et le sable ont encore la même couleur de jadis : rouge ferreux. Moi qui imaginais un petit pique-nique bucolique près de l’eau, je ravale ma faim. Même les roues de ma bagnole renfoncent de désespoir. Que faire? Revenue devant l’église, la pluie faiblit. Elle se change en crachin et devient fine, persistante et pénétrante. Je désespère. J’aurais peut-être dû ne point y revenir? Personne ne me connaît. Personne n’a vraiment besoin de me connaître.

Qui pourrais-je être, maintenant? Une poupée de chiffon, emportée par la vague? Un requin me tirant à droite et me jetant à gauche? La houle écrase mon ventre. J’ai mal partout. L’imaginaire et le réel s’entrechoquent dans ma caboche. Étais-je si jeune la dernière fois que j’ai vu CAPLAN? Serais-je trop vieille aujourd’hui? Un instant, l’église m’amadoue. Se souviendrait-elle de mon baptême? J’ai l’impression d’être une morte-vivante. Toutes ces années durant, le cimetière n’a-t-il pas veillé sur les corps de mes grands-parents maternels? Où sont les petites poches de noisettes écaillées que grand-maman gardait pour les grandes occasions, suspendues dans la pantry, comme elle l’appelait? Nous ne les avons pas toutes mangées.

Un long moment, le ciel m’asperge de larmes. Où aller? C’est dimanche. Tous les commerces sont fermés. La bagnole décide de redescendre sur la grève. Elle aussi désire s’enfouir dans le sable détrempé. Au large, j’ai l’impression d’entendre des sirènes chanter. Elles étendent leurs fringues gluantes sur la crête des grosses vagues. Ces reines de l’océan sont costaudes, elles se sont nourries de toutes les anguilles de la baie. Et je les envie. Tout le monde sur cette terre a une histoire à raconter, pourvu qu’il y ait quelqu’un pour l’écouter. Mais je suis toute seule sur la grève et ma voix s’effrite, mes mots tombent dans des coquilles vides.

Soudainement, je vois un homme en ciré noir qui marche sur la grève, la tête penchée. À coup sûr, il déterre des moules, comme nous le faisions, enfants. Je m’en souviens tellement! Frérot bataillait toujours pour être le meilleur, le premier à remplir son seau, le premier à attraper une truite au ruisseau. Il a aussi été le premier à s’endormir avec les vers de terre. J’ai envie de pleurer. La vie est si brève; la paix aussi frêle qu’un oiseau à l’aile pendante. Mille chagrins labourent mon esprit, mille questions restent sans réponses. La surdité du monde me bouleverse. D’un coup, toutes les plages d’autrefois quittent ma mémoire. Mon cerveau se dessèche.

Ma vessie étant sur le point d’éclater, je cherche en vain un endroit où me cacher. Je quitte la grève et décide de remonter la 132 en direction de MONTRÉAL. Ma bagnole éberluée grimpe les falaises et dépasse la pancarte AU REVOIR, CAPLAN. Mon cœur est au neutre. Adios, amigos! Mes deux paumes soudées au volant, je frise les 100 km à l’heure. Le moteur gronde et voilà qu’à ma droite, une affiche rouge feu annonce : DÉPANNEUR A+ FEUX D’ARTIFICE EN VENTE ICI. J’y entre en serrant les cuisses. « Avez-vous…? », que je demande. « Au fond à droite », de répondre un tout jeune garçon. Je me vide enfin de ma tristesse et, en sortant, trois belles rangées de magazines récents me sautent aux yeux. Je jubile! J’en choisis six puis j’attrape un gros sac de popcorn au fromage, un cola diète et une Coffee Crisp pour le dessert. C’est décidé. Je retourne à CAPLAN.

14 h 20 : Je roule sous une pluie fine et sans m’en apercevoir, je dépasse mon village natal. J’immobilise mon bolide. Un instant, je crois à un signe du ciel. Une femme dans la tourmente est certainement plus fantasque qu’une baleine bleue? Mon réservoir est aux trois quarts, j’envisage de rouler jusqu’à Percé, convaincue que lui, majestueux rocher, sera encore là, à m’attendre. Je démarre, j’avance à la vitesse prescrite. Au loin, je distingue à peine la ligne d’horizon séparant le ciel de la mer. Tout est blanc, beige crémeux. Lorsque j’arrive à PASPÉBIAC, je trouve un joli motel de jadis à 100 $. Je recharge mes appareils et j’étale mes achats sur le grand lit queen de la chambre. Je raffole des magazines. C’est mon point faible en ce qui concerne la consommation à outrance. J’ai devant moi RICARDO, VÉRO, CHÂTELAINE, ELLE QUÉBEC et BEL ÂGE. Oui, oui, les vieux m’intéressent au plus haut point. Aujourd’hui, j’ai aussi acheté LA SEMAINE avec la belle photo de dame Janette Bertrand en couverture. C’est une de mes idoles. Je suis toujours intéressée de lire ses bonnes recommandations et je désirerais tellement connaître sa recette de longévité.

Au mur, devant mon lit, une immense télé me dévisage. Je l’allume et ouvre mon sac de popcorn. La vie redevient magnifique. Un bain d’eau chaude savonneuse a pris soin de laver toutes mes frustrations du jour. À l’écran, Al Pacino raconte sa vie. Je suis comblée. Je l’ai adoré jouant Fausto dans Parfum de femme. Mon cœur palpite, mes yeux s’alourdissent et je m’endors dans les bras d’Al, fier successeur de son père, le Parrain.

À suivre dimanche prochain!

Cora

L’air du matin me pique le nez. À peine éveillée, j’imagine des milliers de poissons microscopiques grimpant jusqu’à mon oreiller. À deux pas de l’eau, dans la baie de CARLETON-SUR-MER, une sirène est assise sur une bûche pourléchée par le temps. Elle lisse ses écailles de couleur lapis-lazuli. Souriante et avenante, ses longs bras de reine poussent un chalutier vers le large.

J’ai quitté SAINTE-FLAVIE les larmes aux yeux. Ce joli village côtier est entré dans mon cœur alors que je n’avais que sept ou huit ans. Mon père, commis voyageur, avait eu une importante promotion et nous avions quitté CAPLAN, notre centre du monde à l’époque. Je m’en souviens. Coincées sur la banquette arrière, nous les trois fillettes, nous mouillions nos cuisses de larmes, de peines, et de peur de ce « très, très loin nouveau chez nous » avec lequel frérot nous avait lessivé les tympans. La route fut interminable. Elle longea le fleuve tout l’avant-midi puis s’engouffra dans les dunes et petites montagnes de la Vallée de la Matapédia. C’était il y a quelque 68 ans. Et ça me touche beaucoup de réaliser que toute ma journée d’hier a servi à faire exactement le même trajet, à l’envers.

En route vers la BAIE-DES-CHALEURS! C’est l’explorateur Jacques Cartier qui, à l’été 1534, a baptisé ce lieu « baye des chaleurs ». Le saviez-vous? Bien avant lui, le peuple Mi'gmaq appelait l’endroit « Maoi Pôgtapei », signifiant « la grande baie ». J’avance, la tête alourdie de trois quarts de siècle d’expériences de toutes sortes, de naissances et de la mort de mes chers parents. Malgré mes multiples aventures de survie, j’ai toujours eu le temps de redescendre le fleuve vers mes origines, mon patelin, mon pays. J’ai appris trois langues et pourtant le fleuve m’abêtit. Il me fige, me ramène à l’âge où je créais mes souvenirs au lieu de les amincir. Le sable entre mes orteils, les roses sauvages de la tante Hope, les petits poissons séchés que nous mâchouillions comme s’ils étaient des caramels; tout cela et des milliers d’autres plaisirs quotidiens qui s’accordaient comme des notes de musique symphonique. À bientôt, SAINTE-FLAVIE, nos jeux d’enfants sur la grève, les coquillages de moules délavés, les branches polies par la vague, l’odeur enivrante du large, les familles de canards, le quai majestueux.

Après mille photos précieusement sauvegardées dans mon cellulaire, mon bolide grimpe la côte de MONT-JOLI direction la fameuse Vallée de la Matapédia par la route 132 est. Mon premier regard se délecte d’une immense courtepointe de teintes vertes. La nature exagère toujours au-delà du connu. N’est-ce donc point ce qui stimule les explorateurs? N’est-ce point ce qui attire ma créativité? L’homme des cavernes aurait certainement pu imaginer qu’un oiseau préhistorique transporte des humains dans son ventre. C’était une question de temps, le temps que son cerveau mûrisse. Tout le progrès du monde serait-il une question de temps? Faudrait-il interroger Henry Ford ou Elon Musk? Bref, la bagnole avance.

Un SAINT-MOÏSE sur une pancarte verte me dit BONJOUR. Y en a-t-il un pour vrai? Tous les saints du ciel seraient-ils réunis au Québec? Et les plus gros bâtiments, seraient-ils des églises gigantesques? Des églises vides, bien souvent; aussi triste qu’une petite pluie qui ni ne mouille ni ne sèche. Un peu plus loin, l’église de SAYBEC me nargue avec son clocher bien effilé qui transperce un nuage. Qui sont donc les véritables chrétiens qui, en 1931, ont transporté toutes ces lourdes pierres ayant servi à la construction de l’église actuelle? Y ont-ils gagné leur ciel? À SAYBEC, deux églises ont été maganées par la foudre; l’ancienne en 1929 et la nouvelle le 26 septembre 1979. Il paraît que seulement le coq sur le bout du clocher a été amoché; le coq et le système électrique de l’église.

Un peu plus loin à ma droite, une SAQ est accoudée sur un Marché Tradition. Quoi dire? Une sortie, deux sacs de provisions? Plus loin, une autre minuscule église protège le cimetière. Les morts auraient encore besoin de protection dans ce bout de pays? À midi, au fin fond de la vallée, j’entends la radio m’annoncer que Joël Le Bigot tire sa révérence. Quelle tristesse! Que vont devenir mes samedis matins? Ça me dit vraiment rien d’autre. Mozart l’enjoué pourrait-il me consoler? Bof! Tout finit toujours par finir, le bon comme le mauvais. Au moins la route est potable; bien souvent fraîchement pavée. Je vous recommande le trajet. Certes la vallée est moins romantique qu’un bord de mer, mais ainsi va la vie. On ne peut pas toujours être en train de manger des shortcakes aux fraises.

« Pas d’avenir pour la F1 », déclare RADIO-CANADA. 18 millions de dollars venant des deniers publics. Qu’est-ce à choisir? La santé de la planète ou le divertissement du public? Dites-moi, un grand tour de la GASPÉSIE pourrait-il remplacer le spectacle de la F1? J’imagine des milliers de Gaspésiens lançant des branches de lilas aux cyclistes. J’imagine le fleuve en ébullition, les anguilles avec la tête hors de l’eau pour tout voir, les parents promettant des bicyclettes à leurs enfants. Les élus promettant d’améliorer les bords de mer.

À SAINT-VIANNEY, on dirait que tout le monde s’est endormi en plein jour. Je ne vois personne. Ni chien, ni chat, ni âme qui vive. Plus loin, à SAINT-RENÉ, le temps noircit, la route renfonce. Je me sens toute petite et vulnérable. Je rallume la radio pour entendre qu’en France les cadavres s’accumulent. C’est inévitable. Maîtresse Planète serait-elle en train d’allumer un grand feu? Nous vivons comme si nous étions encore dans le paradis terrestre. Un expert annonce que plus les périodes de canicule sont longues, plus le danger augmente. Cette extrême chaleur viendrait-elle des fissures de l’enfer? Dernièrement, notre Vancouver a eu tellement chaud que tous ses vieux sont presque morts de peur. Cela m’effraie. Peut-être devrais-je partir le plus vite possible au lieu de finir calcinée avant mon heure.

Je pousse à fond la pédale. J’ai hâte de sortir de cette vallée. À droite, un joli pont couvert me console. La 132 n’en finit plus de s’étirer. Comme lorsque nos mères faisaient de la tire pour la Sainte-Catherine. Dieu merci, je ne suis pas une divinité domestique; juste une cuisinière de repas matinaux. Je roule et je dévale cette vallée comme si la flamme olympique me courait aux fesses. À bonne vitesse, j’arrive enfin à MATAPÉDIA. Je ne m’y arrête point et je finis par entrer dans la MRC Avignon. J’aimerais visiter ESCUMINAC et quelques vieux Micmacs, mais mon bolide passe tout droit. Je me console en rêvant d’un TOTEM juste pour moi, dans ma tête. Je rêve d’empiler une dizaine d’assiettées d’années toutes différentes et significatives. Tout là-haut, au bout du totem, je verrais ma vieillesse picorer le ciel pour y entrer.

À CARLETON-SUR-MER, je lorgne un bord de mer pour un bon dodo. J’accoste au Manoir Belle Plage. Un bel endroit rempli de livres d’histoires de nos anciens Canadiens. Après une orgie de fritures de poisson chez Dixie Lee, je regrette d’avoir beaucoup trop mangé. J’ai mal au ventre, mal au cœur, mal à moi, incapable de me rappeler ce qui est bon pour mon système digestif. J’ai l’impression d’avoir le ventre plus gros que le corps, la tête vide et les jambes pesant cent livres chacune. Après une heure de trempage dans l’eau bouillante, je m’enfouis sous la couette luxueuse du Manoir et m’endors.

Je m’évapore, je m’amenuise jusqu’à n’être qu’un filet de varech coincé entre deux bois morts. Mes draps se liquéfient. Qui suis-je d’autre qu’un boulet, un ventre gonflé dérivant vers le large, un vide étrange espérant l’aurore? En sourdine, mon ronflement laboure l’écume du large. Dans ma tête inondée, un rêve essaie d’aboutir. J’ai peur. Une vague géante craquelle la noirceur de l’eau. J’attrape une algue géante et m’enroule dedans. J’ai chaud, je suis bien et tout d’un coup une gueule géante s’entrouvre et m’avale. Quel cauchemar!

À suivre dimanche prochain!

Cora

chevron-down