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2 septembre, 2021 |

Conversation sur l’Amour, partie 1

Voici que ce matin, très très tôt, somnambule à peine éveillée, j’entends comme un petit doigt d’acier, comme un bec de corneille picorant dans ma vitre de cuisine. C’est elle! Oui, oui, ma copine la corneille quémandant son déjeuner.

 

— Il n’est que 5 h 28, que je lui lance. Laisse-moi me doucher la figure et démêler ma tignasse.

— J’ai faim, pleure-t-elle comme pour m’attendrir.

— Où diable sont mes pantoufles? L’ardoise du plancher me gèle les orteils. 

— Et moi j’ai le ventre vide, couine l’oiseau. Avec l’orage d’hier soir, mon nid est complètement détrempé.

— Moi aussi j’ai eu peur, je n’ai pas pu fermer l’œil avant minuit. Je craignais pour mes pauvres pivoines qui, hier matin, s’apprêtaient à ouvrir leurs pétales.

— Et moi, chère dame, je meurs de faim. Mes petits sont en voyage avec leur père et l’orage a complètement vidé mon garde-manger.

 

Vite vite, j’active la machine à café et je réunis sur un plateau les grenailles de nourriture que ma copine préfère. Je cours ensuite à l’autre extrémité de la maison pour brosser mes dents, trouver mes pantoufles et m’envelopper le corps dans un immense châle. Puis j’essuie les chaises et la table du patio et j’y dépose le plateau de victuailles.

 

Alcoolo du café, j’en enfile deux pendant que la corneille avale son déjeuner. Repue et presque solennelle, elle ouvre son bec pour parler. 

— Les averses sont de plus en plus soudaines et sévères, ne trouves-tu pas?

— On parle beaucoup de changements climatiques, dis-je. Pourtant, nos voisins américains accueillent régulièrement de grosses tornades; peut-être est-ce normal. Ne t’inquiète point, belle corneille. La terre subit des contrecoups depuis des milliers d’années et elle tourne toujours.

 

— Ma tête aussi tourne et retourne en tous sens. Si le ciel nous asperge à tout bout de champ, nous, les oiseaux, allons mourir de faim. Dis-moi, belle humaine, depuis qu’on se connaît je n’ai jamais vu personne dans ta maison. Ni enfant, ni homme, ni chien, ni chat. Est-ce ainsi que tu vis? Où sont tes enfants et ton compagnon?

 

— Belle corneille d’amour, je vis seule depuis tellement longtemps; depuis que mes enfants ont quitté le nid, il y a quelque trente ans.

— Et le père, où est-il? 

— Lui, il n’est plus là depuis encore plus longtemps. Ne t’inquiète point, nous avons survécu. Mais oui, je vis seule comme une nonne dans un grand monastère.

— Je comprends un peu mieux. Le mari n’était pas gentil.

— Oublie cette malheureuse histoire, car je n’aime pas vraiment en parler. Et ne t’inquiète point, des milliers de livres me tiennent compagnie. Et oui, je me suis habituée à la solitude.

— Pourtant, belle Coco, tu n’es ni trop vieille ni trop joufflue.

— Ouf!, corneille d’amour, mon célibat est un tout autre sujet. Mais tu as un peu raison. Plus, je mûris, plus il me semble que je souhaiterais avoir un compagnon pour dialoguer et surtout pour accueillir ensemble la sagesse du grand âge.

— C’est certain, chère Coco, et je te souhaite de rencontrer une véritable âme sœur.

— Ouf! Belle corneille, mon histoire est trop longue à effacer.

— Retiens tes mots, belle amie, je connais ton histoire. Les anges m’en ont parlé. Et je sais pourquoi tu as jadis cadenassé ton cœur.

 

Insistant pour changer de sujet, je demande gentiment à mon amie noiraude :

— Copine, as-tu assez mangé? Veux-tu un « doggy bag » pour la maison?

— Non merci, je ne suis pas un chien.

— Excuse-moi, bel oiseau. Avec tes idées de « compagnon », mon cœur chavire un peu.

— C’est bon signe. Il faut quelques fois chavirer la barque pour y réparer les fuites.

 

Et la corneille, bien intentionnée, continue à m’instruire.

— Peut-être t’es-tu résignée, chère Coco, à penser que la solitude est normale. Les humains s’habituent à tout ce qui leur arrive et ils ont réponse à tout. Et lorsqu’une réalité est trop difficile à admettre, ils préfèrent lancer leurs interrogations, leurs doutes et leurs constatations dans le placide océan de la normalité. « C’est normal! » répondent-ils. Et ils se résignent bien souvent à vivre une vie carencée et insatisfaisante. 

 

Et elle poursuit.

— Je t’ai vu l’autre matin t’extasier devant un bosquet de fleurs sauvages. Est-ce que tout un chacun les remarque? Plusieurs humains n’entendent presque plus le chant des oiseaux, ni le bourdonnement des abeilles en plein travail, ni le vent qui assèche les feuilles après l’orage. Et, franchement, je m’inquiète quelques fois de savoir s’ils reconnaissent au moins le délicat ronron de leur propre cœur.

— Je m’excuse, sage corneille. Je sais que tu as raison, mais que puis-je donc faire pour vider ma caboche de certains souvenirs incrustés? N’est-il pas trop tard? Pourrais-je être plus avenante, plus attentive aux mâles valeureux et certainement plus sincère quant à mes réels besoins?

— Écrire est la meilleure thérapie au monde, de me répondre la corneille aux mille plumes. Continue d’allonger des mots sur la page. Ce sont eux qui te guideront vers le bonheur promis à chaque âme vivante.

 

                                               (À suivre dimanche prochain)

                Cora 

     

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