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26 février, 2021 |

Le don d’UBIQUITÉ

Je voudrais tellement avoir le don d’ubiquité. Oui, oui, j’ai vérifié le mot dans le dictionnaire pour en être certaine. Ubiquité est un étrange mot signifiant « la faculté d’être présent, au même instant, en plusieurs lieux ». Les divinités ont ce don, et les diables aussi. Toutes les vertus possèdent ce don et tous les malheurs aussi. Mais nous, pauvres humains, nous n’avons qu’une seule caboche pour interagir avec tous les aléas de nos vies. Ce matin, j’ai pourtant une raison très particulière de vouloir ce don d’ubiquité, ne serait-ce qu’une seule journée de ma vie.

 

Depuis plus d’une grosse année, nos restaurants ferment, rouvrent et referment, et moi, je me meurs d’impatience! Nous sommes passés à travers toutes les restrictions imposées, la distanciation, l’affluence réduite, la désinfection des mains, les Plexiglas en salle à manger, les masques et j’en passe.

 

J’ai tellement hâte de vous rouvrir nos portes que je voudrais, le matin en question, être présente à chacune des adresses Cora à travers le pays. Je voudrais vous accueillir en personne, vous serrer dans mes bras et me coller à votre joue tellement votre chaleureuse embrassade nous a manqué cette dernière année. Je voudrais, pour chaque réouverture de chaque établissement, être redevenue la cuisinière que j’étais, avec mes blancs de travail, mon cœur sur la main et mes yeux brûlants de tendresse. Je m’ennuie. Je m’ennuie de mon ancienne vocation et aussi de chacun d’entre vous, chers clients, qui faites partie de notre grande famille.

J’ai le goût de pleurer tellement la date approche et tellement les autorités la reportent chaque fois. Mais elle viendra, j’en suis certaine et, d’une manière ou d’une autre, nous serons enfin réunis.

 

Me voici donc en train d’implorer les anges pour cette réunification tant attendue; de leur expliquer à quel point mon calendrier s’effrite rapidement. J’en suis déjà à la quatrième année de mon onzième renouvellement cellulaire. Oui, oui, à ce qu’il paraît, les cellules de notre corps prennent sept longues années à se renouveler complètement. Et pendant ce temps, la peau se fendille, les jambes fléchissent, l’acuité diminue et la mémoire tire de la patte. J’égare mes clés, j’oublie un rendez-vous, et le sommeil me réveille toutes les quatre heures.

Heureusement que j’accepte de ne plus être ce que j’ai été.

« La vieillesse est un état d’esprit » que je me dis, la plupart du temps. Ici et là, sur le frigo si j’ai besoin de lait, sur le pan d’une armoire, dans le miroir de la salle de bain pour penser à prendre mes vitamines, sur la télé pour une émission que je ne veux pas manquer, partout où c’est nécessaire, je colle avec joie des « post it » en forme de cœur pour enjoliver mon intérieur.

Et, cahincaha, j’aurai bientôt cent ans. Avez-vous idée de la grosseur d’un gâteau couronné d’une centaine de chandelles allumées?

 

Le temps glisse et s’enfuit, irrattrapable. Aurai-je assez d’espoir pour entreprendre une nouvelle passion? Assez de patience pour attendre l’inspiration? Assez de force dans mes doigts pour taper mes écrits?

Pourtant j’avance en laissant être ce qui est.

J’ai souvent peur de tomber, peur de glisser sur la glace, peur d’une toute petite souris dans mon salon et peur d’attraper un coup de vieux. Peut-être suis-je en train de devenir beaucoup moins brave qu’avant?

L’heure est-elle enfin venue de faire taire mon bourreau intérieur? D’aller à contre-courant de mes habitudes de performante? Ai-je encore besoin de résultats pour être quelqu’un? L’engloutissement dans le travail, la course folle dans l’arène? Fini l’équation « efficacité=rentabilité ».

-Merci beaucoup, chère madame C., votre costume de « Wonder Woman » attend quelqu’un d’autre à la friperie du village.

 

Et moi j’attends la « sagesse blanche » tant vantée par les spécialistes en gériatrie. Je m’y prépare avec beaucoup d’enthousiasme. Il paraît que cette nouvelle aventure consiste à ÊTRE au lieu de FAIRE. Oui, oui, je l’ai lu quelque part dans un de ces livres sur la bienheureuse Vieillesse. Quelqu’un a même écrit que l’autoévaluation des têtes blanches est basée sur la gentillesse envers eux-mêmes, sur l’autobienveillance et sur l’autocompassion.

Peut-être vais-je devoir évoluer. Arrêter de douter, arrêter de me juger et arrêter de dépendre d’un quelconque résultat pour être satisfaite de ma semaine. Nous, les vieilles, sommes ainsi constituées; avec un logiciel dans la tête qui analyse constamment notre productivité. Jadis, on calculait le nombre d’enfants vivants, la grandeur du jardin, le nombre de garçons ou de filles donnés à l’Église, le nombre de pains pétris chaque semaine, de conserves de légumes chaque automne, de pots de confitures et de tourtières pour la parenté. Il faut dire que notre génération s’est allégée, mais le pli demeure encore dans nos têtes.

 

Comprendre ce qui m’arrive m’aide à progresser.

Je réfléchis beaucoup, peut-être trop, mais je suis certaine que vous tous, fidèles lecteurs, m’êtes d’un grand soutien tout au long de mon périple d’écriture. J’aime tellement partager avec vous mes meilleurs recettes, mes souvenirs et mes états d’âme.

 

On est encore enfermés dans une pandémie, mais on peut en profiter pour se libérer de nos vieilles croyances. En profiter pour habiter notre état d’esprit et non la date sur le calendrier. On peut s’habituer à rêver en brassant tout doucement une belle crème d’asperges fraîches pour le lunch. S’accorder quelques carreaux de chocolat en écoutant les nouvelles à la télé.

On peut oser vivre mieux juste en étant plus généreux, plus compréhensif et plus aimable envers soi-même.

 

J’ai de la difficulté à m’imaginer en maillot de bain trois pièces, oui oui, un legging, une jupette et un haut avec extra soutien, papotant dans une piscine de deux pieds d’eau sur le pont d’un paquebot de croisière où des piña coladas sont servis à qui veut en boire, mais c’est ainsi que j’aimerais accueillir ma soixante-quinzième année ici-bas. Oui, oui, c’est aussi ce que disent les manitous du bien-être des aînés. Il faut avoir de l’imagination, du courage et beaucoup d’audace pour contrecarrer les entourloupettes de la dévorante vieillesse.

          

              Cora

 

 

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