Catégories

Archives

  • septembre 2021
  • août 2021
  • juillet 2021
  • juin 2021
  • mai 2021

Suivez-nous sur facebook

Inscrivez-vous
à notre infolettre

Recevez les toutes dernières nouvelles entourant l'univers de Cora de plus que nos promotions directement dans votre boîte courriel!

M'inscrire

27 novembre, 2020 |

Les tiraillements de la PEUR.

Tous ces plats que nous avons composés, ces assiettes de fruits joliment coupés, ces murs tapissés de dessins farfelus, ces milliers d’affectueux mercis comme autant d’étoiles dans la nuit. Toutes ces abeilles converties au Soleil, leurs rêves, leurs aspirations amalgamés à mes propres espoirs. Les enfants, mon petit-fils, mon cœur et mon âme. Toute cette argile vivante attendant d’être façonnée en quelque grandiose avenir que nous tous commencions à suspecter et pourtant avions grande peine à imaginer.

 

Fin 1992, nous avions déjà 8 restaurants, pour lesquels, à chaque ouverture, les cuisiniers du précédent resto allaient enseigner le métier à ceux du suivant, et ainsi de suite.

 

Moi-même, d’un nouveau restaurant à l’autre, je traînais ma sacoche de crayons-feutres, d’effaces et de ciseaux pour dessiner chaque fois les jolies pancartes de noms de plats qui allaient décorer les murs. Ce travail était tellement facile et agréable pour moi que j’ai toujours pensé qu’une main d’en haut dirigeait mes crayons sur l’immense papier blanc.

 

Lorsque les couleurs du dessin apparaissaient, les nouvelles midinettes en formation se chicanaient pour en découper les pourtours. Ces purs moments créatifs duraient toute une longue journée et servaient de première réunion du personnel.

 

Pour l’équipe, chaque jour d’inauguration représentait la fête après le dur labeur de préparation. Pour moi, chaque nouvelle ouverture m’arrivait comme un œuf à deux jaunes baignant dans la même eau; une délicieuse joie et une obsédante trouille.

 

À chaque nouvelle ouverture, à chaque marche montée, une flèche d’angoisse faisait tanguer mon équilibre mental.

J’étais géniale en cuisine, très créative et surtout passionnée de faire plaisir au monde avec une nourriture hors du commun.

Mais chaque nouvelle ouverture faisait grossir le monstre que je craignais, et je vous l'avoue humblement, j’avais peur de ne pas être à la hauteur. Peur de ne pas être assez qualifiée en affaires pour gouverner ce qui allait calmement devenir un réseau de franchises.

 

Exactement comme à huit ans lorsque j’avais peur de traverser à la noirceur le champ séparant ma maison de celle de ma jeune voisine. Je le faisais, mais j’avais une frousse immense de rencontrer un serpent que j’imaginais plus gros qu’un crocodile.

 

Je me souviens, dans la cuisine de Caplan, lorsqu’on entendait qu’un paroissien voulait ouvrir un magasin ou acheter un bateau de pêche, mon père ripostait chaque fois que « nous autres, on est faits pour un p’tit pain, pis qui faut surtout pas s’imaginer qu’on va inventer le bouton à cinq trous ».

 

Je me souviens, plus tard, lorsque j’ai parlé de faire des études classiques pour devenir écrivaine, mon père m’a plutôt conseillé « d’apprendre la sténo, la dactylo et l’anglais, car avec ça, j’aurais peut-être une chance de devenir une bonne secrétaire bilingue et de pouvoir gagner ma croûte ».

 

Vous pouvez donc vous imaginer combien ces phrases sont devenues de véritables gros serpents de peur dans ma tête. Combien elles auront assombri mon enthousiasme d’entrepreneure à nos débuts en franchisage. Je n’étais plus une enfant, j’avais 47 ans, et pourtant l’insidieuse peur rôdait aux alentours de chaque nouveau succès. J’avais peur de défier mes parents en voulant réussir en affaires et surtout peur de ce que je pourrais devenir en gagnant de l’argent.

 

Puis il y a eu la terrible peur que le succès s’amenuise.

La peur que six, sept ou huit restos fonctionnent bien, puis que l’engouement s’épuise. Même si j’ai lu des dizaines et des dizaines de livres d’affaires en grimpant les étapes de complexité de l’entreprise, mes craintes sont devenues celles de ne pas être à la hauteur de la tâche, de ne pas avoir étudié en la matière et d’avoir fait des études qui ne servaient à rien. Cela me chagrinait. J’ignorais encore que « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » comme le disait le célèbre Lavoisier au XVIIIe siècle ».

 

Tout au long de nos aventureux débuts, je craignais de décevoir mes enfants, de ne pas être capable de leur offrir une vie normale et satisfaisante.

Je vous ai déjà parlé du moment où j’ai compris qu’on pouvait créer avec de la nourriture et exécuter des petits chefs-d’œuvre de déjeuners. Mon cœur s’était alors rempli de joie, et ma tête de vilaines inquiétudes. Parce que c’était tellement facile pour moi d’éblouir nos clients avec une belle assiette, j’ai eu peur que ça ne dure pas. Peur que l’inspiration s’assèche; peur que les clients se lassent et peur qu’ils finissent par nous oublier.

 

La peur, certains matins, devenait si épaisse dans ma tête, que je la prenais pour réelle. Elle était là avec moi, dans la cuisine, brassant ensemble la crème de légumes du midi toutes deux craintives de la faire coller. Y aurait-il assez de clients pour payer nos factures? Assez d’appétit dans leurs ventres pour nourrir nos ambitions? Assez de lumière dans ma caverne pour que je puisse y défricher ces fameuses lois régissant l’Univers?

 

En ouvrant le gaz à l’aube ou en lavant la dernière tasse en fin de journée, je m’interrogeais continuellement sur notre avenir.

 

Intellectuelle, analytique et un tantinet sceptique, j’étais un terreau fertile pour que le doute prenne racine. Heureusement que la charpente restait debout, enserrée dans les longs cordons du tablier blanc. Elle s’activait des jambes et des bras entre le froid et le chaud, les lèvres peinturées rouge et souriantes malgré l’affrontement du pour et du contre se vidant de leurs substances à l’intérieur de moi.

 

Combien m’aura-t-il fallu d’assiettes de nourriture à préparer avant que je finisse par comprendre que le vainqueur est celui que l’on nourrit le mieux?

 

Tant et aussi longtemps que j’ai donné de l’importance à la peur, c’est elle qui a grandi en moi. Et lorsqu’enfin j’ai accepté dans mon cœur d’avoir véritablement confiance en la vie, c’est la vie elle-même qui a nourri mes aspirations.

Il m’aura fallu, je suppose, toutes ces années avec l’inquiétude accrochée à mes flancs pour que je puisse accepter humblement l’aide gratuite d’une force supérieure à la mienne.

 

Parce que je n’avais jamais le temps de parcourir la distance chaotique entre mon cerveau et mon cœur, je nourrissais l’appréhension la plus accessible. En manquant de confiance envers l’Univers et en insistant pour comprendre à tout prix, j’ai tellement retardé l’arrivée de la Grâce.

 

……………………

 

Mais Elle m’arrive tout doucement, tel un oiselet picorant ma fenêtre pour entrer; une magnifique phrase sortie d’un nuage et glissant sur mes doigts; une soudaine joie allègre dans mon cœur; ma tête de plus en plus souvent rassasiée de connaissances et assouvie d’aventures.

 

❤️

   Cora

 

 

Psst : Aujourd’hui, m’incluant dans le lot, j’apprends à aimer ce qui arrive. Et je laisse aux divines mains le soin de me tricoter un bien-être à ma taille.

    

 

Catégories

Archives

  • septembre 2021
  • août 2021
  • juillet 2021
  • juin 2021
  • mai 2021

Suivez-nous sur facebook

Inscrivez-vous
à notre infolettre

Recevez les toutes dernières nouvelles entourant l'univers de Cora de plus que nos promotions directement dans votre boîte courriel!

M'inscrire