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7 octobre, 2021 |

Mille mercis, chère Betty.

Betty demeurait juste en face de notre premier resto, dans un nouveau complexe d’habitation aux allures plutôt luxueuses. La jeune quarantaine, elle ressemblait à s’y méprendre à Sally Field, la fameuse actrice qui incarna La Sœur Volante dans la série du même nom à la télé dans les années 1967-68.

 

Je me souviens encore de la première visite de Betty. Hésitante, elle entra et, comme un membre de la famille,  quitta le resto pour revenir rapidement le lendemain. Et c’est ce qui arriva tous les jours qui suivirent. Betty fit instantanément partie des réguliers du resto.

 

Café après café, accoudée devant elle derrière le comptoir, je l’avais longuement entendue me raconter sa vie. L’amour fou du début, les promotions successives du mari, les ados qui demandent où est papa. Et finalement le couperet qui tombe comme un « chérie, je ne t’aime plus ». Betty incarnait pourtant la plus gentille des femmes. Et j’ai souvent pleuré avec elle dans mon cœur. Elle était si avenante, si douce, réservée et pourtant pince-sans-rire à ses heures.

 

Depuis le départ du roi de la maison, comme elle le surnommait, elle avait dû accepter un 8 heures de travail, 5 jours semaine dans une pharmacie située à deux rues de notre resto. Elle venait donc chez nous, chaque jour ouvrable vers 11 h pour un « bon gros déjeuner », comme elle les appelait ; un repas qui allait la garder alerte jusqu’au soir. Quelques fois, Betty hésitait devant le tableau affichant le plat du jour. « Elle trichait », disait-elle, lorsqu’elle se laissait tenter par un vol-au-vent au poulet ou par un pain de viande sauce tomates. Car Betty était folle de nos déjeuners. De belles omelettes épinard-cheddar ou western, des plats d’œufs « tellement bien accompagnés » comme elle disait, et des crêpes, trois grosses dans l’assiette avec une montagne de fruits toujours frais et joliment coupés.

 

C’est donc un de ces midis de tricherie que l’histoire de Betty se corsa. On était le 1er avril 1989 ; et moi la fofolle, j’avais acheté la veille quelques petits poissons rouges que je gardais sous le comptoir dans des bols à soupe remplie d’eau fraîche.

 

Comme à son habitude, Betty arriva vers 11 heures, s’installa au comptoir et se mit à hésiter. Je venais tout juste d’écrire le plat du jour au tableau.

         « Lasagne aux épinards et fromage ricotta »

Betty s’informa de la soupe en me cherchant des yeux.

-  « Un consommé maritime » que je lui réponds.

- Je triche, affirma-t-elle avec conviction.

Et me voici qui dépose devant elle, un bol à soupe dans lequel un petit poisson rouge cherche sa mère en tournaillant.

Notre Betty, voyant sa soupe, lève les bras en criant mon nom, manque de tomber de son tabouret et finalement, me traite de folle à lier en s’exclamant : « Ça se peut pas, Cora, là tu exagères ».

 

Bien sûr que j’exagérais, mais tous les clients du boui-boui riaient à gorge déployée. Et notre divorcée préférée finit, elle aussi, par rire aux éclats et me fit jurer que je lui devais une grosse faveur pour son traumatisme maritime.

 

Le lendemain, lorsque Betty s’approcha du comptoir, c’est moi qui la devançai en disant:

- Demande-moi tout ce que tu voudras et j’vais te le faire!

- Hummm, murmura-t-elle? J’hésite Cora. Je veux manger des crêpes avec des fruits, mais c’est pas assez emballant, pas assez époustouflant à mon goût pour compenser ta plaisanterie avec le poisson vivant.

- Pourrais-tu mettre les fruits dans une grande, grande crêpe avec de la crème fouettée ou avec un genre de crème à la vanille comme j’ai déjà goûté chez ma voisine italienne?

- Betty chérie, laisse-moi quelques jours.

 

Au lieu de faire les trois crêpes habituelles avec les fruits dessus, j’étends sur la plaque chauffante une très grande crêpe bien mince; je la laisse cuire d’un côté puis je la retourne. Je nappe ensuite la surface déjà cuite avec la crème pâtissière dont je pratiquais la recette depuis quelques jours. Puis j’y verse la portion de fruits. Je plie vers l’intérieur chaque côté croustillant de la crêpe comme pour en cacher la garniture. Puis je dépose ce nouveau délice dans une grande assiette oblongue.

Couronné de rosettes de véritable crème fouettée et saupoudré de sucre en poudre, ce nouveau déjeuner de crêpe provoque quelques implosions dans mon propre cerveau avant même que Betty puisse y piquer sa fourchette.

C’est fascinant de constater que chacune des grandes vedettes de notre menu est issue d’un petit bourgeon de gourmandise, lui-même expulsé des lèvres d’un client.

Betty s’exclama de bonheur en goûtant sa nouvelle crêpe et s’empressa de me jurer qu’elle avalerait des poissons rouges tous les jours si, le lendemain, je lui servais des nouveautés aussi mirobolantes.

      ❤️

    Cora

 

De tout mon cœur, mille mercis à toutes les Betty qui m’ont aidé, d’une façon ou d’une autre à créer le menu de déjeuner le plus impressionnant en Amérique. Tantôt en me racontant une recette inusitée, tantôt en m’apportant un vieux livre de cuisine, en me suggérant un plat qu’ils ont goûté en voyage ou tout simplement en me décrivant un souvenir d’enfance qu’ils ne peuvent oublier.

 

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