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28 mai, 2021 |

Mon dernier quart de siècle!

Par soleil aveuglant et par grand vent, ce matin du 27 mai 2021 (jour de mon anniversaire) j’entreprends mon dernier quart de siècle ainsi que ma soixante-dixième lettre.

 

Qui l’eût cru que je vivrais aussi longtemps? J’ai enterré tous mes aïeux, mes grands-parents et mes parents et me voici encore aussi robuste qu’un chêne, forte comme un bœuf avec une caboche débordante de choses à dire. En vivant mon confinement de pandémie, j’ai eu amplement le temps de réaliser que j’aimais ENFIN ma nouvelle vie de retraitée, passionnée d’écriture, de lecture et de popote expérimentale dans ma grande cuisine. Je ne suis plus débordée de travail comme jadis, ni préoccupée de l’avenir, ni même meurtrie par d’anciens malheurs.

 

Mon cœur va bien, je mange bien, je dors bien et je marche quelques kilomètres presque chaque jour. J’admire la nature, je parle aux oiseaux et je demande conseil aux grands arbres. Je n’ai pas encore d’animal domestique, mais, comme tout le monde, je songe à en adopter un qui serait capable de vivre avec moi. J’hésite entre un chat et un chien. Je lis beaucoup, je visionne des classiques en DVD et je fais de jolis casse-têtes de cinq cents ou mille morceaux. Chaque soir, je noircis quelques sudokus pour exercer mes méninges et, la tête enfin sur l’oreiller, je savoure la poésie des grands maîtres. Il m’arrive souvent de me réveiller à l’aube avec mes barniques sur le nez et le livre de poèmes endormi sur mon cœur. J’aime le café et j’en bois probablement trop pour une femme de mon âge en excellente santé, vaccinée, optimiste et prévoyante. 

 

 J’observe dernièrement que ma mémoire semble rajeunir au lieu de battre de l’aile. Moi qui me suis toujours imaginé la mémoire telle un vaste entrepôt où tous les souvenirs seraient cordés sur des tablettes ou dans des casiers par sujets, par personne ou par circonstances particulières. J’imaginais aussi que lorsque je chercherais à me souvenir d’un événement, j’aurais juste à envoyer la commande à l’entrepôt où une dizaine de petits soldats s’empresseraient d’aller chercher la réponse. Et je me souviens qu’avant d’entreprendre l’écriture régulière de ces lettres, je commençais à me plaindre de la lenteur des petits bonhommes. Alors que maintenant, je peux les comparer à une meute de jeunes fringants. 

Je rêve à quelque chose et hop!, je m’en souviens, de plus en plus souvent. Je cherche un événement passé et boum!, on me l’apporte sur un plateau. On dirait qu’à force d’écrire presque chaque jour, ma faculté de réminiscence semble rajeunir au lieu de vieillir.

 

Et je m’en réjouis, car je désire vraiment vivre jusqu’à 100 ans. Tout simplement parce que j’aime la vie, parce que je suis curieuse de l’avenir et parce que j’ai envie d’être témoin d’une nouvelle époque. Oui, oui, je suis certaine qu’une fois le méchant virus abattu, un important changement de scène affectera notre quotidien. D’ailleurs ce mot « quotidien » risque de devenir obsolète. J’anticipe qu’il y aura une scission perceptible à l’œil nu entre l’avant-pandémie que nous appelions candidement « la vie » et l’après-pandémie encore « innommable ». 

 

L’Histoire nous démontre que l’humanité dans son ensemble se révèle plus forte que n’importe quel fléau. Personne ne se souvient de la peste noire au Moyen-Âge qui a décimé jusqu’à 35 millions d’êtres humains; de la fièvre jaune qui s’est étendue sur trois siècles d’affilée; du choléra apparu en Inde en 1826 et qui s’est propagé un peu partout en Europe; de la grippe espagnole à la grandeur du globe; et du sida et de tant d’autres.

 

Et pourtant, le cœur de la planète humaine a continué de battre. Il bat toujours. Et nous appartenons à ce cœur bouillant d’espérance. Je me sens concernée et je veux assister à ce brave rétablissement du monde. Car, j’en suis presque certaine, il y aura un renouveau planétaire; une certaine recrudescence dans nos têtes, dans nos cœurs et dans nos façons d’agir. 

 

Nous tous qui aurons été épargnés, nous serons les témoins de cette métamorphose. Nous avons une chance inouïe d’être encore vivants. Car, avec nos bras, nos mots et nos moyens, chacun d’entre nous pourra se reconstruire un avenir. 

  

Vingt-cinq années ça passe tellement vite, chers lecteurs. Comme dans le temps sur le vol Montréal – Toronto de 6 h. J’avais à peine le temps de boire deux cafés en feuilletant le Toronto Star et paff!, l’avion nous déversait dans l’épicentre de la ville. Quelques rendez-vous, un lunch d’affaires, trois visites de restaurants franchisés et hop!, le vol de 18 h nous ramenait au bureau en criant ciseaux. C’était ça ma belle vie d’avant. Je l’aimais, parce que chaque soir elle me donnait l’occasion de cocher le mot « ACCOMPLI » dans mon agenda. À cette époque, j’accumulais les « ACCOMPLI », les contrats signés, les colonnes de résultats et les articles parlant de nous dans les journaux. Mon travail occupait l’entièreté de ma vie. Ma tête cohabitait en permanence avec une dizaine d’objectifs, à la fois exigeants et torturants. Et mon cœur, le pauvre, n’aimait que la performance. 

 

J’aurais pu vivre ainsi toute une vie. Je le disais d’ailleurs lorsqu’on me pressait de prendre deux semaines de vacances, une semaine de repos ou quelques jours de bon temps. 

— Foutez-moi la paix! Que je répondais chaque fois. 

— Vous allez me sortir du bureau dans une boîte, point final.

J’étais têtue comme une mule à cette époque. Ma « business », mon gros soleil jaune, mon équipe performante et le monde à conquérir : voilà ce qui me sortait du lit chaque matin. Dans mon ventre, à chaque aurore, un tigre insatiable mélangeait sa faim avec mes entrailles.

 

J’ai mis beaucoup de temps à accepter de troquer mes carapaces coûteuses de femme d’affaires pour un assortiment de fringues colorées. C’est mon cœur qui m’a sauvée; l’amour de mon jeune fils pour lequel j’aurais décroché la lune s’il me l’avait demandée.

Mais il a juste voulu mon poste de présidente. Et je me suis réveillée d’un long sommeil. 

 

L’enfant avait grandi; il approchait la quarantaine; travaillant dans l’entreprise depuis nos débuts, à tous les postes sans compter ses heures. L’homme était prêt et je lui ai cédé ma place.

 

Mon tigre intérieur voulait m’occire. Il a pris tellement de temps à sortir de moi, tellement de nuits les yeux agrandis de tristesse. Et nulle part où m’enfuir avec mon propre nom étalé sur plus de 100 devantures à travers le pays.

 

J’ai dû aller aussi loin que la lointaine Chine pour assécher l’océan de larmes qui risquait de m’avaler. Me promenant sur les routes de campagne et dans les villages, j’ai vu autant de misère que de gentillesse. On me trouvait tellement grande et bien portante que ça m’a fait sourire pour la première fois. Puis quelques jours plus tard, dans un marché à ciel ouvert, j’ai vu une vieille femme verser du liquide blanc sur une tôle très chaude. Une crêpe est apparue aussi vite que mon deuxième sourire. Et, comme par magie, toute ma carrière de cuisinière s’est réinstallée dans ma tête. Je me suis rappelé que le jeune président avait insisté pour que je continue à superviser et à approuver la nourriture servie dans nos restos ainsi que le message marketing. Je n’allais plus diriger l’entreprise, mais j’allais continuer de faire ici et là, des choses que j’aime beaucoup. Tout n’était point perdu. Durant ces 28 jours passés dans l’empire du milieu, mon cœur s’est remplumé et j’ai pu couper moi-même le cordon de fer qui me reliait à la direction de l’entreprise. 

 

On n’est jamais à l’abri d’une catastrophe. Il est donc primordial d’apprendre à se rebâtir. 

 

Échec sentimental, décès précipité d’un proche, perte d’emploi ou autre malheur, la reconstruction est souvent proportionnelle à l’affliction. Collons-nous au cœur résilient de la planète, aux sourires et à la gentillesse des humains et ensemble nous arriverons non seulement à vaincre le virus, mais aussi à être à l’origine d’une meilleure façon de vivre. 

                  Cora 

                   

 

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