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26 juin, 2020 |

Mon matin d’anniversaire!

Tout soudainement, j’entends frissonner le rideau de ma chambre.

C’est la lumière de l’aube m’avertissant qu’un nouveau jour s’apprête à caresser ma joue. Ouvrant les yeux, je sais tout de suite qu’il s’agit encore d’une année bien remplie, la soixante-douzième à enfouir dans l’immense ventre du temps.

 

Pieds nus dans la rosée, je fais mon tour du logis comme pour vérifier que ses fondations tiendront encore longtemps. Du genre à toujours espérer le meilleur, je me réjouis d’entendre les petits oiseaux me lancer des « Bonne Fête » ensoleillés. Les corneilles se levant aussi tôt que moi, j’en vois quelques-unes sur le toit en train de se chamailler comme si elles avaient à décider de l’horaire d’un premier ministre.

 

Chauffant mon premier café, j’essaie mentalement de résumer toutes ces années passées, comme pour leur ajouter un dernier paragraphe, une quelconque conclusion. Comme j’aime faire des listes pour ordonner mes pensées, je m’installe devant l’ordi et commence une première liste, une deuxième et une troisième avec en tête le pire, puis le moins pire et, enfin, le meilleur pour la fin. Mais ça ne fonctionne pas. L’effort récapitulatif me donne le vertige. Je quitte le clavier et m’active à rapailler draps, serviettes, et petits linges pour une brassée.

 

Au deuxième café, j’oublie les listes et j’imagine ma vie justement comme une grosse brassée de linge à mettre dans la machine. Comme si, par miracle, une tempête de mousse allait pouvoir restaurer l’étoffe de ma vie, enrichir l’enfance étriquée du début, embellir l’adolescence contrariée et adoucir mon cœur malmené.

 

Au troisième café, le cycle « Heavy Duty » de la machine décolore complètement mes épousailles. J’ai alors 33 ans et un emploi en même temps que chaussettes d’enfants, blousons de bambins et robes de fillettes s’entremêlent deux à trois fois par semaine dans l’eau savonneuse de la machine.

Quoiqu’elle s’avère laborieuse et exigeante, ma nouvelle liberté goûte aussi bon qu’une brassée toute fraîche de nouveaux draps de lit. Le pire est définitivement passé.

 

Le 27 mai 1987, je fête mes 40 ans, encore libre comme l’air et prête à inaugurer un petit restaurant de quartier avec mon propre nom sur l’enseigne extérieure.

Débute alors pour moi, le plus beau temps de ma vie.

 

Quinze belles années à sortir du lit avant que le soleil ait lui-même ouvert les yeux. À travailler en cuisine pour inventer de nouveaux plats, nourrir les clients, enseigner le métier aux suivants et, bien entendu, pour payer nos factures.

 

Pourtant, chaque jour de toutes ces années de travail assidu, des bougies d’anniversaire s’allument dans ma tête.

 

Chaque soir, le ronron de la lessiveuse me tient compagnie.

Des milliers de fois tortillés ensemble, vestes, pantalons et tabliers blancs de cuisine couinent dans l’eau chaude juste pour me garder éveillée jusqu’au séchage.

 

Alors, Morphée lui-même empoigne mon corps et le dépose tout doucement sur mon drap de célibataire comblée.

 

Puis arrive la véritable « business » qui s’empresse de m’enfermer dans un bureau d’administration aux odeurs d’habits bien pressés et de collerettes amidonnées.

Quelque dix longues années à planter des établissements un peu partout au pays, à calculer les distances, les dépenses et, surtout, le nombre de places assises toujours en expansion.

 

Vers 2010, mon jeune fils, alors directeur des opérations à travers le Canada et bras droit de la patronne, décide qu’il est temps que sa mère se repose. Il empoigne donc le gouvernail avec enthousiasme et détermination, remplissant mon cœur d’amour et de fierté.

 

Après quelques voyages nécessaires à charcuter le cordon ombilical me reliant à mon travail chéri, un subtil détachement de mes obligations facilite l’arrivée de la retraite. N’ayant point réussi à me détacher complètement, c’est une menace beaucoup plus vigoureuse qui s’acharne aujourd’hui à vouloir m’encabaner pour de bon.

 

Me voici donc retraitée, confinée et encore accrochée au cœur de l’entreprise. Ce matin, j’inaugure avec vous ma soixante-treizième année, tout heureuse de vous parler de mes lessives.

 

Peut-être allez vous en rire, mais je vais conclure en comparant la vie à une puissante machine à laver. On y met dedans, à cycle normal, la bonne étoffe et elle en ressort améliorée. On y met dedans nos chagrins, nos blessures, nos déchirures puis, à cycle délicat, l’eau bienfaisante régénère lentement notre nature profonde. Même un malheur, une grosse déception ou une perte s’estompent à force de nager dans le courant vivifiant de l’espérance.

 

Brassons-nous les méninges, car il y a toujours une façon d’amoindrir nos misères, d’améliorer nos quotidiens et de garder fringant l’espoir du meilleur pour demain.

Je vous ❤️ gros comme le ciel!

             Cora

 

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