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17 septembre, 2021 |

OUVRIR MON CŒUR.

Très tôt ce matin, un chuchotement incompréhensible essayait d’entrer par la fenêtre de ma chambre, comme poussé par les mains invisibles d’une aurore combattant un déluge. Sur l’oreiller, mon rêve encore endormi, j’en ai profité pour courir à la porte d’entrée du salon.

 

Ouf! Mon panier de fleurs y était encore, bien agrippé à l’aimant collé au centre de la grande porte rouge. Je me suis donc empressée de fermer toutes les fenêtres à double tour et d’allumer la machine à café. 

 

N’aurai-je point besoin d’un homme si jamais le toit de la verrière décidait de s’envoler? Ou si le déluge noyait mes fiers lupins? Aurai-je le courage de retourner seule dans les champs, creuser à la pelle et déterrer de nouvelles pousses à transplanter dans le terre-plein attitré à ceux qui maintenant nagent dans la boue? Un homme aimerait à coup sûr le pauvre « Golden Retriever » que j’ai désiré toute ma vie en ayant peur de ne pas l’aimer suffisamment si je l’adoptais. Un homme pourrait marcher avec moi; m’accompagner plus loin dans la forêt sans avoir peur de déranger les chevreuils et leurs tout petits.

 

Un homme pourrait dompter le couple de marmottes qui passent leurs étés à creuser des trous dans mon gazon. Il pourrait même leur apprendre à vivre dans un enclos où nous leur apporterions de la bonne nourriture au lieu d’attraper les pauvres oisillons tombés des nids ou de bouffer les légumes du jardin. J’ai vraiment peur certains jours de leur réseau de tunnels souterrains avec des entrées et sorties un peu partout sur mon terrain et à l’orée de la forêt. Heureusement que la maison que j’habite depuis 33 ans est bâtie sur une « slab » de béton sinon les marmottes auraient déjà installé leur famille dans mon sous-sol. 

 

Un homme pourrait aussi grimper sur le toit en pente du garage et redresser mon coq au garde à vous depuis 30 ans. Le pauvre a vieilli. Il a à sa gauche une aile qui s’affaisse et à sa droite une aile qui s’envole. L’homme peut faire tellement de choses qu’une femme apprécierait. Chanter avec elle lorsqu’elle fait la folle; la calmer lorsqu’elle s’enflamme; courir acheter du chocolat lorsqu’elle en a envie et conduire l’automobile lorsqu’elle désire faire le tour de sa Gaspésie natale. L’homme est capable de répondre aux questions difficiles, capable de résoudre un gros problème en criant ciseaux, et capable d’inviter la paix dans une conversation houleuse.

 

Il aura donc fallu qu’adviennent une pandémie mondiale et son confinement obligatoire pour que j’aie enfin le temps de réfléchir et de prendre conscience des réajustements et des différents changements de style de vie à ma portée. Et je vous avoue humblement que ma propre existence est passée dans le tordeur d’une bénéfique transformation. Je me suis même ouverte à la possibilité d’accueillir dans ma vie un courageux compagnon capable de m’apprivoiser. 

 

Cette nouvelle intention d’ouvrir mon cœur me réjouit énormément. Comme si ce cœur avait été derrière les barreaux pendant deux quarts de siècle et que soudain, un ange complice lui tendait une clé magique.  Ce cœur serait-il encore vivant; sorti du long sommeil de la Belle au bois dormant?  Oui, oui je vivais enfermée dans une douce résignation que je m’étais moi-même fabriquée.  Et, sept jours sur sept, j’avais mon travail comme fidèle compagnon. 

 

À cette époque, telle une somnambule, je sortais du lit, me peignais la couette et hop! la Mini Cooper me déversait à la porte du bureau central de l’entreprise. J’avais d’ailleurs une attirance démesurée pour cette immense bâtisse. Et, pandémie oblige, je me suis calmée.

 

J’avais tellement de travail toutes ces années où j’étais belle et désirable. Sous ma jolie chevelure trônait une tête bourrée de colonnes de résultats avec, de chaque côté du corps, des bras de PDG aussi musclés que ceux des bâtisseurs de cathédrales. J’étais, je le comprends maintenant, une candidate plutôt malaisante pour un homme qui aurait été tenté de me trouver jolie. Surtout avec ma caboche taraudée en permanence par mille idées aussi voraces qu’un bataillon de fourmis dans une jarre à biscuits. Je courais en avion vers Terre-Neuve, Vancouver, Halifax et, deux à trois fois par mois, vers Toronto, paradis aux multiples possibilités.

 

Comment aurai-je pu penser à autre chose qu’à l’ouverture imminente du prochain restaurant? Qu’avais-je donc à gagner, ou à me prouver? Surtout qu’après les quinze premières années de défrichement nous étions déjà, aux dires des autorités d’affaires, solidement embarqués sur l’autoroute du succès. Et pourtant, toujours affamée de conquêtes, j’appauvrissais notre bonheur immédiat en insistant pour enrichir l’avenir de mes marmots.

« Insatiable » disait le plus jeune.

« Laisse-la tranquille », ripostait sa sœur. « Elle n’a rien d’autre à faire de sa vie. »

Elle avait tellement raison.

 

J’ai commencé en affaires à 40 ans pile, le jour de mon anniversaire. Peut-être étais-je aussi pressée parce que j’avais conscience qu’un grand bout de ma vie était déjà passé, noyé dans un océan de déceptions multiples. Définitivement, dans ma tête, il me manquait du temps pour réussir comme tout le monde et je devais avaler les bouchées doubles pour y arriver. Étais-je, à cette époque, consciente que ce continuel sentiment d’urgence avait ses propres conséquences? La frustration des enfants, le garde-à-vous continuel des employés, mes multiples contraventions de vitesse, un vide de plaisir étranglant ici et là ma joie de réussir et, par ricochet, l’isolement progressif de mon cœur malmené. Quant à l’espoir de rencontrer une véritable âme sœur, il s’amenuisait à mesure que mes défis augmentaient.

 

Est-ce là le prix de la réussite féminine? Pas du tout. Ça l’est juste pour les excessives comme moi; pour celles qui ont mangé des coups et qui se croient obligées de les mériter.

 

          ❤️

       Cora

 

 

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