Cora restaurants are hiring, be part of the team!

La crêpe est un aliment savoureux et polyvalent. Facile à préparer, elle se déguste en toute simplicité à tout moment de la journée. Nous vous proposons ici quelques trucs et astuces en lien avec sa préparation et sa conservation.

 

 

 

La crêpe est un classique qui peut être réinventé à l’infini. Nous vous proposons ici quelques idées pour explorer son côté salé.

 

 

 

 

 

 

Quoi de mieux qu’une bonne crêpe pour se sucrer le bec? Nous vous proposons ici quelques idées pour rendre ce classique encore plus festif!­­­­­­

 

 

 

Une caravane de gros nuages traverse mon ciel ce matin tirant avec elle le magnifique souvenir d’un voyage à Riviera Maya. Cela remonte à plus de vingt ans et pourtant mes bras s’enflamment juste à penser au soleil aveuglant Quintana Roo dans la péninsule du Yucatán.

Saviez-vous, chers lecteurs, qu’un citron trempé dans l’eau chaude quelques minutes ou passé au micro-ondes quelques instants, donnera davantage de jus?

Me voici donc à me réchauffer moi aussi sur le sable blanc du Mexique avec la couenne badigeonnée à l’Ombrelle 45. Et je ne peux faire autrement que de remarquer tous ces magnifiques hommes accrochés aux bras de femmes quasi aussi ordinaires que moi. Comment diable font-elles pour les attraper? Ont-ils poussé là depuis toujours? Se sont-ils rencontrés à l’aube des temps; dans l’arche de Noé? Se sont-ils épanouis ensemble?

Je cherche désespérément à comprendre comment les êtres s’attirent les uns les autres; comment fonctionne l’amour humain en dehors des enfants et du métier?

Certaines copines me disent qu’il s’agit, pour la plupart, de couples reconstitués. Comme ajouter au mélange sec deux œufs et une tasse d’eau pour ensuite brasser jusqu’à la consistance désirée et mettre au four trente-cinq minutes? Je me souviens de Pauline m’affirmant que c’est presque aussi bon que la recette originale. Et de Sophia, elle-même reconstituée, me jurant que c’est souvent meilleur.

Moi qui casse des œufs depuis toujours, je suppose que je n’ai pas encore appris à en mettre quelques-uns dans le bon bol. Et comment aurais-je pu? Alors que je n’ai jamais eu le temps de sortir de mes cuisines; de m’intéresser à autre chose qu’à la business. Moi, si peu équilibrée, je n’ai pas su compartimenter ma vie ni prendre le temps d’approfondir un magnifique regard.

Diantre! Les adonis étendent de la crème sur les épaules de leur dame. Ils courent après leurs chapeaux de paille que le vent emporte et, le soir venu, tout beaux et tout parfumés, ils ouvrent pour elles les ventres des petits crabes frits servis au buffet. Jeunes ou vieux, matin, midi et soir, les couples sont seuls au monde cherchant à se faire de nouveaux amis, à rire de leur espagnol baragouiné, ou tout simplement à brunir étendus l’un contre l’autre sur le sable comme les deux toasts d’un même sandwich. Incroyable! Il lui enlève les filaments de ses tangerines. Je suppose que c’est ça être en amour. Toujours vouloir se rendre utile pour l’autre. Toujours essayer de lui faire plaisir.

Comment aurais-je pu penser à tout cela quand c’était le temps d’y penser? J’avais si peu de temps libre et tellement de travail devant moi. Je me souviens, juste après le divorce, des efforts acharnés que j’ai dû déployer pour avoir les moyens de nourrir les enfants, les vêtir, payer le loyer et l’essence pour les déplacements. Ma tête était envahie d’angoisse et d’apitoiement. J’avais trente-trois ans, j’étais magnifique, et pourtant j’ignorais que je valais quelque chose. J’ignorais qu’un nouvel homme pourrait m’aimer véritablement et consentir à mon bonheur.

J’ai plongé dans le travail avec un cœur, un corps et une tête entièrement libres de tout attachement. Pas surprenant que j’aie pu abattre autant de boulot. Et les rares fois où je pensais à autre chose qu’au travail, j’essayais de me convaincre qu’un gentil prétendant traverserait un jour ma route et que je saurais m’en accommoder. J’étais loin de me douter que pour moi, la business serait un plongeon dans un océan sans fond. J’ai nagé courageusement et le temps a passé.

Pourtant, aujourd’hui, j’envie ces bienheureuses femmes qui se font nettoyer le sable entre les orteils par leur amoureux. Le célèbre Maslow, avec sa hiérarchie des besoins, ne serait pas très fier de moi parce qu’après avoir atteint une acceptable sécurité, j’ai complètement escamoté l’amour. Maudite indépendance qui me donne la réussite pendant qu’à la table voisine, l’homme retire pour sa douce moitié la peau des minuscules ailes de poulet mexicain. Je la vois, elle, prendre la viande maigre du bout des doigts et la porter à sa bouche rose et délicate. Je vois ses yeux turquoise murmurer à son homme des promesses coquines qu’il savoure entre deux gorgées de cerveza. J’envie tellement tous ces petits gestes du quotidien amoureux; ces retours d’affection et ces partages d’intentions.

Toutes ces années en cuisine j’entendais, entre les assiettes, des clients parler de leurs voyages dans le Sud et ça me semblait incompréhensible; inimaginable pour moi. Dieu merci, toutes ces bonnes choses qui auraient pu m’arriver n’ont pas pu me distraire de mon œuvre parce que j’ignorais leurs réelles existences.

16 h 32, heure locale
Maintenant agglutinés autour de la piscine privée des VIP portant la même couleur de bracelet que moi, les couples cherchent encore le soleil. Rouges comme des homards tout juste sortis du chaudron, les princes apportent aux princesses leurs daiquiris dégoulinant sur le marbre dispendieux de l’Iberostar Grand Paradiso. Contentées et splendides, ces amoureuses étirent leurs membres alourdis, se relèvent des chaises longues, avancent de quelques pas et s’installent dans les marches de la piscine pour siroter leur alcool. Elles parlent de leurs idoles du moment, de leurs téléséries préférées et de leurs prochains voyages de rêves.

17 h 40 heure locale
Le soleil vient de disparaître derrière la ligne d’horizon et une légère noirceur embrume le paradis mexicain. Ayant regagné leurs chambres, les couples se préparent au cérémonial du souper dans les restaurants thématiques. La terrasse est silencieuse, mais il fait encore très chaud. Toute seule dans la grande piscine lapis-lazuli, je flotte les bras en croix avec la tête quasi immergée dans le bonheur. Oui, oui, à bien y penser, moi aussi je suis heureuse; contente du chemin parcouru, fière d’avoir persisté et comblée d’avoir enfin le loisir de profiter de véritables vacances. J’ai accepté la responsabilité de ma famille, j’ai trimé fort et j’ai découvert une énergie magnifique. J’aime à penser qu’en faisant tout cela, j’ai aussi incité mes enfants et mes collègues à faire le même cheminement pour eux-mêmes. Maintenant que je me connais mieux, j’apprends à m’apprécier. Et plus je suis capable de m’aimer, plus il m’est possible de croire que quelqu’un d’autre puisse le faire.

Cora

Psst : Ce midi dans les Laurentides, un vaillant soleil a chassé les gros nuages. Il fait presque chaud et au lieu d’avoir envie d’un bon sandwich pour le lunch, je m’ennuie du grand buffet de l’Iberostar mexicain. Je m’ennuie aussi du bleu de la mer, des fleurs magnifiques, des cactus géants, des papayes délicieuses, des margaritas et surtout du guacamole bien épicé.

 

 

Eh, oui. Je les ai finalement rencontrées. Retraite et vieillesse sont deux chipies qui avancent main dans la main. Elles arrivent sans crier gare, aussi violemment qu’une piqure d’abeille en plein front. Lorsqu’une vive douleur se pointe, on réalise tout d’un coup qu’on est vieux. Au pire, après quelques cadeaux de départ, on s’aperçoit qu’on n’a plus rien à faire de nos dix doigts. Dieu merci, l’écriture me sauve; les mots intrépides bouillonnent dans l’encre et attisent ma résistance.

Mais combien de temps encore pourrais-je vivre la vie que je désire; aimer l’avenir et avoir confiance en lui pour être convenablement satisfaite? Me sera-t-il encore possible de réaliser quelques rêves? Revoir Paris? Aller à l’opéra pour la première fois? Visiter l’Islande et ses nombreux volcans? Assister aux mariages de mes petits-enfants? Retourner à Hawaï? Publier ces lettres du dimanche? Écrire davantage, encore et encore jusqu’à ce que la plume expulse sa dernière goutte de sang?

L’âge implacable s’empare de chaque pouce carré de ma stature. Il laboure mes chairs, les ramollit et les plisse d’un revers outrageux. Pire qu’une marée audacieuse, il imprime ses vaguelettes partout sur mon joli visage. Aurai-je encore le loisir de me trouver avenante? Et comment réagir? Comment ressurgir en quelqu’une que je puisse encore reconnaître dans le miroir? Vieillotte sur le tard, pourrais-je encore longtemps être la maîtresse de mon futur?

À quel âge est-il trop tard pour avoir confiance en l’avenir? Mes deux parents sont morts avant de devenir vieux. Et je n’ai eu devant moi aucune connaissance d’un corps faiblissant. Vais-je mourir tout d’un coup comme ma mère d’une collision frontale sur la route? Ou comme mon père d’un foudroyant cancer? Je n’ai pas vu leurs corps tout doucement dépérir. Et que sera donc ma propre décrépitude? Vivrais-je jusqu’à cent ans? Les statistiques me rendent folle d’espoir. Et mes yeux voient partout des vieillards de plus en plus jeunes; des grand-mères de plus en plus fringantes.

Trop gourmande et fofolle à l’extrême, je vais vivre malgré tout. Même si quelques fois les tiraillements de l’ossature se font sentir. Cet automne, pendant toute une longue semaine, je ne pouvais plus me pencher pour ramasser un oisillon tombé de son nid ou une fourchette atterrie sous la table. C’était comme si un méchant diable me brulait le bas du dos. J’hésitais à m’assoir et encore plus à me relever. Et le mal s’est enfui aussi discrètement qu’il était arrivé. Moi qui ai toujours eu une très grande tolérance à la douleur, ces nouveaux assauts me terrorisent, je vous l’avoue. L’usure de la charpente affectera-t-elle mon quotidien? Après tout, j’aspire encore à marcher chaque matin, courir les magasins, suivre mon arrière-petit-fils, faire le tour de la Gaspésie en bagnole et cuisiner pour vingt personnes.

Souvent je pense qu’à mon âge, ce n’est plus la destination qui importe, mais la balade quotidienne réjouissant nos orbites. Apprendre à chérir le moment présent est peut-être la plus grande leçon à l’école du grand âge. Félicitons-nous des petites victoires quotidiennes comme apprivoiser une corneille, parler aux majestueux sapins et laisser l’aube découdre nos rêves.

J’ai repris depuis quelque temps l’exercice des mercis quotidiens, notant chaque jour cinq choses qui m’inspirent de la reconnaissance : 1) Merci là-haut pour le soleil éclatant d’aujourd’hui. 2) Merci au nouveau voisin qui m’a finalement dit un beau bonjour. 3) Merci à la belle-mère grecque pour ma soupe aux lentilles particulièrement réussie. 4) Merci au génie créatif qui me garde capable de vous écrire cette lettre. 5) Et un immense merci à vous, très chers lecteurs, qui m’encouragez à être qui je suis.

Toujours optimiste, je permets à la valse du temps d’aiguillonner ma curiosité.

Accepter de vieillir c’est comme partir en voyage vers une destination inconnue. Nous ne sommes plus à la barre du navire, nous avançons les yeux mi-clos vers un futur imprévisible.

La vieillesse, est-ce vraiment un âge d’or ou un âge de terre cuite fissurée de partout? Et ce don gratuit de la vie, où s’en va-t-il, tremblotant et chavirant, lorsque l’heure fatidique sonne le glas?

❤️

Cora

 

 

Croyez-le ou non, les restaurants Cora fêtent leur 35th anniversaire d’existence cette année en 2022. Oui, oui, j’ai ouvert le premier petit resto CORA le 27 mai 1987. C’était un tout petit bouiboui de 29 places assises situé sur un boulevard achalandé du nord de la grande ville de Montréal. Ce vingt-sept mai 1987 était aussi mon 40th anniversaire de naissance. Maman divorcée avec trois ados sur les bras, j’étais très loin de me douter qu’en ouvrant ce tout petit resto, je recevrais le plus gros cadeau au monde : LA CLÉ QUI ALLAIT M’OUVRIR LA PORTE D’UN AVENIR MIROBOLANT.

Bien sûr, je l’ignorais à l’époque. Tout ce que je désirais c’était de pouvoir nourrir mes enfants, payer notre loyer et travailler assez fort pour que le bouiboui nous apporte l’argent nécessaire à notre survie. Après un divorce sans pension alimentaire, j’ai travaillé en restauration six jours et demi par semaine pendant sept ans, jusqu’à ce qu’un violent « burnout » immobilise mon esprit. Mon père avait dit un jour que j’étais une force de la nature; forte comme un cheval, avait-il ajouté. Dieu merci, mes deux parents étaient déjà morts lorsque le « burnout » étrangla mon esprit. Les pauvres ne m’ont pas vue en petite souris, immobilisée de peur dans sa trappe. J’avais travaillé comme une forcenée lorsque soudain, sans crier gare, l’épuisement s’empara de tout mon corps; je devins incapable de cuire une soupe pour mes enfants, incapable de réfléchir, incapable de réagir.

J’ai passé deux longs mois étendue sur le divan du salon à ne plus savoir qui j’étais ni où j’allais; comme si mon énergie s’était enfuie de mon corps. Heureusement qu’un jour, quelqu’un parla à mon plus vieux d’un docteur qui s’y connaissait en la matière. Je me souviens encore de cette rencontre. C’était un homme très âgé ressemblant beaucoup plus à un antique philosophe en toge blanche qu’à un médecin d’aujourd’hui. Il m’a pourtant dit qu’il n’existait aucun médicament pour guérir une extrême fatigue, juste du repos; beaucoup de repos. Le « burnout », conclut-il, ça se guérit à force de se faire plaisir!

J’étais complètement déboussolée. Comment allais-je me faire plaisir? J’étais incapable de réfléchir à ce sujet. Depuis que j’avais abandonné mes études pour me marier obligée, j’avais traversé 13 ans de déplaisirs quotidiens. Puis, j’avais dû travailler comme une déchaînée pour répondre convenablement aux besoins de mes enfants. Et c’est pourtant eux, ces bienheureux adolescents qui ont trouvé la solution, le remède magique pour me guérir. Maman, pourquoi n’écrirais-tu pas? Tu aimais tellement ça lorsqu’on était petits; tu écrivais même en cachette de papa, la plupart du temps. Pourquoi ne pas essayer maintenant? Je te donne mon cahier à anneaux, de dire le plus vieux. S’il te plait maman, je te prête mes stylos, ajoute sa sœur.

Et c’est ainsi que, ligne après ligne, très tranquillement, deux ou trois petits paragraphes par jour, l’encre a raconté l’histoire du mauvais mariage; l’assassinat de la belle jeune fille que j’étais et la dure survie d’après. De jour en jour, mon corps reprenait vie; comme si les morceaux d’un casse-tête s’assemblaient d’eux-mêmes dans ma tête. Les enfants déposaient des petits plats sur la table du salon; ils me faisaient des thermos de café que je buvais avec de plus en plus de satisfaction. Le vieux docteur allait avoir raison. FAIRE CE QU’ON AIME NOUS GUÉRIT.

Puis un matin, la plume s’est asséchée. Soudainement, je n’avais plus rien à dire. Mon corps et ma tête prenaient du mieux; ils voulaient se lever, aller dehors, voir le soleil et marcher dans l’herbe. En jaquette et en pantoufles, j’ai commencé par sortir la balayeuse de l’armoire et nettoyer le tapis du salon où des milliers de miettes de pain et de biscuits étaient tombés de mes collations. Sur la table basse, trois tasses à café vides attendaient que je les ramasse. Et j’avais le goût de le faire, de nettoyer tout mon campement de fortune, et de ranger quelque part mes précieux brouillons d’écriture. Peut-être qu’en l’écrivant, j’ai fait fondre la montagne de chagrins que je transportais depuis toujours?

Le vieux docteur philosophe avait eu raison : FAIRE CE QU’ON AIME NOUS GUÉRIT. Il m’avait prescrit trois mois et demi de repos, mais je n’ai pas eu à compter les jours puisqu’un miracle est arrivé, un extraordinaire miracle, mille fois plus gros que l’éclosion des premières jonquilles. J’allais bien et je commençais à chercher un endroit dans les alentours où aller prendre un café avec un calepin d’écriture. Et, le surlendemain d’avoir conduit ma Renault 5 pour la première fois, le plus vieux m’annonce qu’il y avait grève des autobus et que j’allais devoir le conduire à Montréal pour une entrevue d’embauche. J’ai tout de suite dit OUI, sans réfléchir et surtout contente de pouvoir enfin être utile à ce grand garçon débrouillard. Je m’en souviens encore, j’avais rougi mes lèvres et tressé mes cheveux en couronne sur ma tête. C’était bon signe.

En traversant le boulevard de la Côte Vertu, dans le nord de Montréal, j’ai soudainement été happé par une affiche de RESTAURANT À VENDRE placardée au premier étage d’un petit immeuble plutôt défraichi. Je n’oublierai jamais ce moment. Je savais qu’il se passait quelque chose dans ma tête, un revirement de situation qui plus tard me ferait penser à Paul de Tarse tombé de son cheval sur le chemin de Damas. J’ai fixé la pancarte et je me suis promis qu’après avoir déposé mon fils, je reviendrais m’informer.

Après sept années à l’emploi d’un très grand restaurant populaire, j’avais acquis une excellente réputation, un poste de direction et un salaire hautement suffisant. Et tous ces gens, patrons, employés et fidèles clients, attendaient mon retour avec impatience. Je l’ignorais à l’époque, mais j’étais quasi irremplaçable. Et voilà que dans un seul instant, ce petit restaurant abandonné, fermé depuis deux longues années, est entré dans ma tête comme si c’était la chose la plus normale à faire. Lorsqu’ils ont appris que je ne reviendrais pas au travail, ils m’ont tous traitée de folle, d’inconsciente et, le pire, « d’encore malade ».

Le miracle, bien souvent, c’est de réaliser que lorsqu’on travaille comme une véritable folle pour atteindre ce qu’on croit être l’idéal, on oublie d’écouter les forces de l’Univers à notre disposition.

Lorsqu’on néglige notre équilibre, nos besoins fondamentaux et notre bienveillante sérénité, l’ultime architecte de nos vies nous ramène à l’ordre. Il fait arriver des miracles aussi souvent que nous en avons besoin pour comprendre. Sans crier gare, sans que nous le réalisions bien souvent, il nous envoie des idées mirobolantes, des rêves prémonitoires et des clés magiques.

Le plus grand miracle à m’être arrivé, c’est d’avoir cru, sans vraiment comprendre, tout ce que cette affiche de RESTAURANT À VENDRE avait à me dire.

Cora

❤️

 

 

Oui, oui, en enjambant mes deux kilomètres de marche, j’ai ressuscité mon père pour lui dire que je l’aimais. Ne lui ai-je jamais dit? Et pourtant ce matin, connaissant par cœur mon parcours, je le voyais devant moi, traverser la petite cuisine de Caplan. Son immense corps, léger comme une plume, avançait entre nous tel un fantôme d’homme oublié. Il ne parlait presque jamais à maman, et elle-même l’ignorait la plupart du temps. Je me souviens de cette affreuse tristesse accaparant nos jeunes existences et celles des deux adultes s’appelant Papa et Maman. Que faisaient-ils au juste dans nos existences à part nous nourrir? Comme les poules et leurs grains chaque matin, la vache et son foin, et le chien et son os de ragoût.

Bien souvent, j’étais triste de voir mon père, en soirée, ouvrir d’un clic une petite boîte de sardines. Je savais qu’à coup sûr, maman riposterait. Le traitant d’affamé, bien souvent de trop gros. « D’aussi gros qu’une montagne », dirait-elle à la voisine Berthelot, le lendemain. Ensuite, papa sortait de la dépense la grosse boîte rouge de biscuits soda Christie. Puis il ouvrait la porte vitrée du buffet et y prenait l’assiette rose de grand-maman, sa mère. Je savais qu’il avait toujours un petit creux en soirée; comme si un vorace chagrin dévorait ses intérieurs. Avec ses gros doigts, papa étalait sur chaque craquelin deux petites sardines étêtées et égouttées de leur huile. Puis, avec sa grosse patte, il saisissait la cargaison et la menait dans sa bouche grande ouverte. Et moi j’entendais à chaque bouchée le « crouch crouch » des sardines avalées tout d’un coup. Ne lui ai-je jamais dit que je l’aimais?

Souvent, la toute petite grimpait sur le gros corps de papa étendu sur le divan. Assise à cheval sur son ventre, elle agrippait de chaque côté le tissu de sa chemise et donnait des coups de talons à ses chairs déjà meurtries d’exister. Hop-là! criait frérot en essayant d’attraper au lasso la tête de la petite ou le gros pied enflé de papa. Et maman piquait sa crise, m’ordonnant de mettre fin à ce cirque.

Ne lui ai-je jamais dit que je l’aimais? Et pourtant, la tête sous l’oreiller, je pleurais comme une madeleine lorsque, la nuit venue, j’entendais maman déverser sa hargne dans son pauvre cœur. Je pleurais encore lorsqu’il partait le lundi matin avec sa valise de commis voyageur. Je savais que chaque fois, cinq longs jours passeraient avant qu’il revienne. Ne lui ai-je jamais dit que je l’aimais?

La veille de chaque départ, lorsqu’elle devait repasser les chemises de papa et ses deux pantalons, j’entendais maman rouspéter contre sa grosseur. La pauvre devait s’y prendre à deux fois pour étendre une jambe sur la planche à repasser sans compter la fourche, les poches et l’immense tour de taille de son époux. Elle rageait en étendant sur chaque largeur de tissus un carré de lin imbibé d’eau pour que la vapeur aide à lisser le tissu.

— Toute une aventure, dirait madame Berthelot le lendemain de son départ.

Et maman vidait son sac de douleurs devant cette auditrice dont le mari était maigre comme un manche à balai et instituteur à la petite école du village.

Ne lui ai-je jamais dit que je l’aimais?

Que savais-je de l’amour à cette époque? Qu’en sais-je aujourd’hui? Tout comme je pleurais en cachette lorsque papa était triste, j’ai sangloté en silence toute ma vie lorsqu’il me fallait affronter mon trop-plein de solitude.

 

Toute jeune, je me doutais qu’il manquait l’essentiel entre mes parents. J’examinais nos voisins et je savais que chez nous, l’affection entre les époux était absente. Il manquait les becs derrière les oreilles que monsieur Berthelot faisait à sa Laurette; les sourires coquins entre époux et leurs fréquents week-ends au chalet sans leurs enfants. Même frérot qui prétendait tout connaître, avait dit à grand-père Frederic que papa amenait la tristesse avec lui chaque vendredi lorsqu’il revenait de voyage. Sans que nous le lui demandions, maman disait à peu près la même chose que grand-père. Selon ses dires, c’est l’école qui nous apprendrait l’essentiel. Savait-elle seulement ce qu’était l’essentiel?

 

Puis un jour, papa revint de voyage et m’appela COCO.

C’était un tout petit mot aussi chaud que les oreilles d’un chat. Lorsque je l’entendis pour la première fois, mon cœur a tremblé de bonheur. Comme si la patte du chat était venue elle-même s’installer dans ma main. Toute une semaine durant, ce tout petit mot me rappelait la figure de papa; ses yeux allumant une étincelle dans les miens. Ne lui ai-je jamais dit que je l’aimais?

Puis, un jour, nous avons quitté les falaises orangées de mon enfance. Et la même tristesse s’est installée avec nous à Mont-Joli, puis à Sainte-Foy près de Québec, puis en banlieue de Montréal, et finalement à Sainte-Adèle dans Les Laurentides, jusqu’à la mort de papa. Et je suis devenue, moi aussi, une adulte manquant de gentils becs derrière les oreilles.

J’ai appris à ses funérailles la triste histoire d’amour de maman avec un protestant que la religion catholique d’alors lui avait interdit d’épouser. Et mon pauvre papa qui l’aimait comme un fou n’a jamais pu conquérir son cœur. Ne lui ai-je jamais dit que je l’aimais?

Il arrive que l’on sacrifie toute une vie dans l’attente de quelques câlins. On imagine l’amour gros comme une montagne. Et, à force d’attendre, on devient soi-même la montagne jamais assez grande pour contenir l’amour manquant dans notre pauvre cœur.

Je n’ai jamais vraiment appris à dire « je t’aime ». Et toute ma vie ces mots manquants, non prononcés, n’ont fait qu’alourdir ma tristesse.

Mais aujourd’hui, peut-être à cause de la SAINT-VALENTIN, l’idée m’est enfin venue de ressusciter mon père pour lui dire que je l’aimais.

Je t’aime papa chéri. Tu as été mon premier amour et peut-être, je ne l’espère point, seras-tu aussi mon dernier. Envoie-moi de là-haut un ange voulant se matérialiser; un cœur bienveillant, un beau Valentin que j’aimerai autant que je t’ai aimé.

Ta Coco chérie.

💖

 

 

 

– Écrire pour essayer de découvrir qui nous sommes.

– Écrire pour semer l’espoir dans les cœurs aussi cabossés que le nôtre.

– Écrire pour devenir quelqu’un

– Écrire pour parler à ceux qu’on aime.

– Écrire pour ramener l’espoir dans nos vies.

– Écrire pour prendre le temps d’amadouer l’incompréhensible.

– Écrire pour invoquer la magie de l’Univers.

– Écrire pour ériger des ponts au-dessus de la houle du quotidien.

– Écrire pour nous éviter les ensommeillements du conscient.

– Écrire pour arrêter de souffrir.

– Écrire pour apprivoiser notre solitude.

– Écrire pour fuir le désert de la page blanche.

– Écrire pour se tenir compagnie.

– Écrire pour imaginer le meilleur.

– Écrire pour se défaire de notre importance.

– Écrire pour se recréer.

– Écrire pour apprendre à lâcher prise.

– Écrire pour accueillir nos limites.

– Écrire pour imaginer le paradis, sa grande porte dorée et Saint-Pierre en pantoufles.

– Écrire pour réfléchir tout haut aux mystères de l’Univers.

– Écrire pour essayer de comprendre l’incompréhensible.

– Écrire, certains matins, pour combattre le vertige d’être encore en vie.

– Écrire pour crier qu’on a encore beaucoup d’amour à donner.

– Écrire pour juste s’amuser avec l’indiscipline des mots.

– Écrire pour vivre moins triste.

– Écrire pour contrer l’âge dévorant de vitalité.

– Écrire pour réaliser qu’on existe, un matin enjoué et l’autre non.

– Écrire pour chasser les peines incrustées.

– Écrire pour se guérir des griffures du temps.

– Écrire pour imaginer son cœur ronronnant d’amour.

– Écrire pour sauver son histoire de l’effacement.

– Écrire pour contrer la solitude.

– Écrire pour arrêter de chialer sur son sort.

– Écrire pour vider sa tête des angoisses inutiles.

– Écrire pour mater l’inquiétude.

– Écrire pour enfouir sa peine au plus profond de la page.

– Écrire quelques fois pour éviter l’abrutissement du quotidien.

– Écrire pour faire des listes bidon qui ne servent à rien.

– Écrire pour titiller l’inspiration et lui rappeler qu’on est là.

– Écrire juste pour activer nos dix doigts.

– Écrire à l’occasion pour faire le ménage dans sa tête.

– Écrire sans idée préconçue juste pour s’ouvrir à l’inhabituel.

– Écrire pour pratiquer son style d’écriture.

– Écrire pour rendre hommage à dame Inspiration.

– Écrire pour sortir de notre zone de confort.

– Écrire parce que l’écriture nous procure un grand bonheur.

– Écrire pour mettre à profit notre originalité d’être humain.

– Écrire pour stimuler notre hémisphère créatif.

– Écrire pour approfondir les aléas de la vie.

– Écrire pour exprimer nos émotions et aussi nos obsessions.

– Écrire pour rattraper notre vie galopant trop vite.

– Écrire parce que l’écriture stimule nos facultés.

– Écrire parce que l’écriture stimule toutes nos facultés.

– Écrire pour se rendre disponible à l’émerveillement.

– Écrire pour ne pas pleurer.

– Écrire pour apprendre à vivre.

– Écrire pour se réjouir d’un mot magnifique.

– Écrire pour apprivoiser notre mort.

 

Et vous, chers lecteurs et chères lectrices, n’auriez-vous point quelques bonnes raisons d’apprivoiser la plume?

Cora

 

 

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